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dimanche 21 juin 2015

Anish Kapoor , réflexion ouverte à voix haute

Le 19 juin 2015, Sir Anish Kapoor publiait une lettre ouverte dans the Guardian sous le titre :

My artwork has been vandalised. How should I respond ?

Mon oeuvre a été vandalisé. Comment dois-je répondre ?

Nous en publions ici une traduction et la version originale, pour que chacun puisse en vérifier la traduction, parce que cette prise de parole nous semble non seulement importante mais parce que Anish Kapoor y pose parfaitement les différents dilemmes de la relation de l'oeuvre d'art et de l'artiste à la communication événementielle, à la presse et au politique.
Parmi les différentes réactions et articles, nous ne l'avons pas lu tel que dans la presse française, en particulier dans le Figaro du 19 qui en donne une autre version...

"Dirty" en anglais peut se traduire en français par : sale, salissant, souillon, vilain, cochon, grossier, obscène, sombre, salaud, bouché, gourde...

"Corner" : par coin, recoin, bordure, angle ou corne ...

Le titre de l'oeuvre  "Dirty Corner" renvoît directement à l'art de la platebande et du jardinier ...


My artwork has been vandalised. How should I respond ?
Mon oeuvre a été vandalisée. Comment dois-je répondre ?

Works of art are sometimes a focus for the wider discomforts of society. My Dirty Corner at Versailles has been reviled in the press as the “Queen’s vagina” or the “vagina on the lawn”, and has given offence to certain people of the extreme political right wing in France.
Les oeuvres d'art sont quelques fois un point focal du vaste malaise d"une société. Mon "Dirty Corner" à Versailles, a été calomnié dans la presse comme "le vagin de la Reine" ou "le vagin sur la pelouse" et cela a offensé des gens d'extrême droite en France.
The vicious voice of the few has commanded too much of the debate, and has resulted in an act of vandalism to the work.
La voix vicieuse de quelques uns a trop engagé le débat et le résultat en a été un acte de vandalisme sur l'oeuvre.
I am left with the question about how I should react. Should the paint that has been thrown all over the sculpture be removed? Or should it remain and be part of the work? Does the political violence of the vandalism make Dirty Corner “dirtier”? Does this dirty political act reflect the dirty politics of exclusion, marginalisation, elitism, racism, Islamophobia?
Je me demande comment je dois réagir. Est-ce que la peinture qui a été jetée sur la sculpture doit être nettoyé ? Ou doit-elle rester et devenir un élément de l'oeuvre ? Est-ce que la violence politique du vandalisme fait de "Dirty Corner" une oeuvre plus sombre ? Est ce que cette acte politique médiocre reflète la vilaine politique d'exclusion, de marginalisation, d'élitisme, de racisme, d'islamophobie ?
The question I ask of myself is: can I, the artist, transform this crass act of political vandalism and violence into a creative act? Would this not be the best revenge?
La question que je me pose est : puis-je, moi l'artiste, transformer ce vil acte de vandalisme et de violence politique en un  geste créatif ? Ne serait-ce pas la meilleure revanche ?
In asking this question I am aware of the power of art and its ability to offend. Dirty Corner is in some ways an act of artistic violence. It attempts to disrupt the tidy surface of Le Nôtre's Versailles. It engages in a disruptive conversation with the palace’s geometric rigidity. It looks under the carpet of Le Nôtre’s “tapis vert” and allows the uncomfortable, even the sexual.
En posant cette question je suis conscient de la puissance de l'art et de sa capacité à offenser. "Dirty Corner" est d'une certaine manière un acte de violence artistique.  L'oeuvre cherche à interrompre l'ordonnancement soigné du Versailles de Le Nôtre. Elle s'inscrit comme un élément perturbateur face à la géométrie rigide du Château. Elle regarde sous le "tapis vert" de Le Nôtre et autorise le gênant et même le sexuel.
Political violence, however, is not the same as artistic violence. This political vandalism uses an “art material” – paint – to make actual violence. It could have been a bomb or a hood thrown over someone’s head to kidnap them. Artistic violence is generative, political violence destructive. Artistic violence may scream at the tradition of previous generations. It may violently overturn what was before, but in so doing it follows a long tradition of regeneration. It always advances the language of art.
Quoiqu'il en soit la violence politique n'est pas de même nature que la violence artistique. le vandalisme politique utilise un matériel d'art - la peinture- pour faire violence. Cela aurait pu être une bombe ou une capuche jetée sur la tête de quelqu'un pour le kidnapper. La violence artistique engendre.  La violence politique détruit. La violence artistique peut faire hurler la tradition des générations précédentes. Elle peut retourner violemment ce qui était avant, mais faire cela suit une longue tradition de régénération. Cela fait évoluer toujours le langage de l'art.
Political violence seeks erasure. Its aim is the removal of the offending idea, person, practice or thing. Simplistic political views are offended by the untidiness of art. Art is seen as obscene and destroyed.
La violence politique cherche l'effacement. Son but est l'élimination des idées, des personnes, des pratiques et des choses offensantes. Les vues politiques simplistes sont offensées par le désordre de l'art. L'Art est vu comme obscène et détruit.