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mardi 7 février 2012

2/4 - Wiki-Histoire du Salon des Réalités Nouvelles – La Transition - 2eme Partie/4 - Décès d'Antoni Tapies - Exposition Alberto Burri

Une Histoire du Salon des Réalités Nouvelles.
par Erik Levesque

2/4 - La Transition

Résumé de l'épisode précédent : né en 1947, et après avoir participé à imposer l'abstraction dans les années 50, le salon des Réalités Nouvelles est remis en question et exclu du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1970.
  
En 1969, le comité « peinture » du Salon publie un manifeste signé de Nallard (qui y expose tous les ans depuis 1948), Chastel, Louttre.B, Debré. Ils y réaffirment la doctrine de Robert Delaunay, de la lumière, des contrastes simultanés. Tout en débutant leur texte par la question du gros plan photographique de la peinture : la question du champ, il se termine par ses mots : « les conflits actuels de civilisation se situant bien moins aux niveaux de la stagnation (anti-traditionelle par nature) et du progrès, qu’ils ne donnent à choisir entre l’évolution ou la rupture, nous retenons la première ». Le comité d’Art Concret par la voix de Luc Peire insiste lui sur les fondamentaux du Salon «abstrait, géométrique » et du cas unique que représente le Salon. Le salon perd une centaine d’exposants entre 1967 et 1969, avec160 sur une cimaise plus étroite. Pour le moins sceptique et incrédule face à la vague des théorisations post-structuralistes et des vocabulaires marxisants des différents « maoïsme » français des années 70, le salon et son association vont se recentrer sur les problématiques de la Peinture et la continuité de l’avant-garde en réponse aux théories de la mort de la peinture en France. En 1971 Le salon s’installe au Parc Floral. Max-Pol Fouchet, un homme de média, critique et écrivain prend la relève de Fontené avec pour comité  Contreras-Brunet, Abboud, Nallard, Louttre B, Peire, Pelayo, Hélias... 
Le siège social de l’Association est  à « La Galerie » rue St André des Arts, lieu que gère Maria Manton et Louis Nallard. Le salon compte 295 participants dont Isabelle Waldberg ou Saturo Sato qui vient inaugurer d’une certaine manière la délégation japonaise qui sera d’année en année plus nombreuse.  
archives RN-IMEC
Les Réalités Nouvelles exposent au parc floral de Vincennes pour la troisième fois du 5 avril au 13 mai 1973, le comité sous la présidence de Fontené et de son vice–président Louis Nallard est composé de Abboud, Adam-Tessier, Bozzolin, Caloe, Hélias, Humair, Lélio, M.A Louttre, Marcel-Petit, Antoine de la Margerie, Jean Miotte, P. Palut et Signovert… L’affiche du salon est réalisé par Nino Calos et Jean Miotte, parmi les exposants Aurélie Nemours, Alan Davie, Olivier Debré, di Sciullo, Le Brocquy, on y voit également les sculptures magnétiques de la californienne Alice Hutchins et …. Eugène Leroy (1910-1999)  dont on trouve l’adresse dans le catalogue : Tourcoing - 53 rue Faidherbe - 59290 – Wasquehal - Peinture à l’huile. Ou encore Rudi Baerwind, grande figure allemande de la résistance antinazie et militant homosexuel qui venait de publier son autobiographie « Ich bin ein Maler und basta… » (Je suis un peintre et basta...).  Du 5 avril au 5 mai aux floralies de Vincennes le salon des Réalités Nouvelles présentait également l’exposition « Haricots, haric, ar » que l’on ne doit pas prononcer « haricot un ricard »,  mais « haric... Art » …. Exposition dédoublée aux rencontres internationales d’art contemporain à la Rochelle du 12 au 21 avril 1973 arts plastiques, 45 peintres rue du temple… Exposition qui partait en tournée en province. Organisé par Hervé Fischer, celui-ci tient à préciser dans la préface, après avoir remercié le comité d’accueillir l’exposition « haricot, hari, ar » qu’il ne songe pas « le moins du monde  à cautionner l’institution du salon ou son contenu, Cela ne nous a d’ailleurs pas été demandé ». (sic) mais il conclue son édito par ses mots « Mais ici dans le parc, le Haricot, c’est l’hygiène du salon ! » re(sic) ! 
Parti de province l’exposition entend démontrer l’impact du travail de Claude Viallat qui publie un court texte théorique post-structuraliste, à l’aune de Support-Surface qui commence par ses mots : « L’histoire de l’art jusqu’à nous a été l’histoire des clivages qu’un type de fonctionnement social a imposé pour affirmer sa mainmise spirituelle, idéologique »…
Le texte de Viallat
Voulant sortir la peinture à l’extérieur de la galerie, du musée, ils souhaitent mettre la peinture dans la rue, le paysage…. On trouve les noms de Bec, Michel Bertrand, Biga, Bohm, Bort,  Bouzat, Da Rocha, Desbouiges, Noel Dolla, FanconyGrandjean, Grataloup, Le Groupe 70 , Le Groupe Texturation, Le Groupe Tournis, Le Groupe Toulouse, Christan Jaccard,  Pascal Mahou,  et de tant d’autres. De cette liste Pascal Mahou est aujourd’hui membre du comité du salon. Les deux catalogues sont une merveille rare du XXe siècle, témoignage d’une époque vintage, le choix de la typo, la rhétorique post-soixante-huit d’un siècle passé… mais ou se croisaient dans une même salon Leroy et Viallat ! 
La page de Pascal Mahou à droite
En 1973 la fréquentation du salon s’établit à 6000 visiteurs ! Pour Fontené la mission du salon est de donner une information a un public le plus large possible, le salon n’a alors aucune subvention: il est un lieu et un temps non commercial, ce qu’il est toujours. Il s’agit pour les artistes de confronter librement son travail à ceux de ses pairs. 

En 1974 Le nombre de d’exposants atteint 546 !  

En 1976, le futur secrétaire des Réalités Nouvelles, Joël Trolliet y expose pour la première fois.

Les œuvres circulent en province Clermont-Ferrand, Billom. En 1976 le maire de Billom écrit dans le catalogue « l’Etat n’est pas là pour diriger l’art mais pour le servir ». Fontené précise le sens de l’abstraction comme celui de la nécessité intérieure, lui donner sa chance et contribuer à la maintenir : La peinture en – sa- spécificité : la peinture nue. En 1978, le critique d’art Giuseppe Marchiori appelle à la nécessité d’affirmer l’universalité de Paris comme centre d’art mondial d’art, centre libre dont le salon des Réalités Nouvelles est le dernier témoignage ! Incapable cependant de rester dans le Parc Floral, Jacques Busse s’interroge dans son éditorial en 1979 « Pourquoi Survivre ? » alors que le salon a lieu au Musée du Luxembourg. Il insiste sur la dimension d’autogestion et démocratique de l’instance du salon à la différence des galeries, Foires d’art ou centres d’art. Mais il regrette aussi que les artistes les plus reconnus n’acceptent plus de prêter leur travail à cause de leurs marchands et de leurs contrats d’exclusivité. 

L’art abstrait triomphe dans les musées et les galeries à travers le monde.

En 1972 la FAAP avait été crée, la Fédération des Associations des Arts Graphiques et Plastiques Assurant la liaison avec les Pouvoirs Publics à laquelle participe Réalités Nouvelles et dont l’archiviste était Jacques Busse. De fait les Réalités Nouvelles étaient les archivistes de la Fédération. Cette fédération est mandatée pour négocier, représenter les artistes auprès des autorités publiques après le désengagement du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris qui abritait les salons jusqu’alors. Il s’agit de trouver de nouveaux lieux d’expositions pour les salons comme la Jeune Peinture, Réalités Nouvelles, le Salon d’Automne, le Trait, Salon des Femmes Artistes, Union des femmes peintres et sculpteurs, Salon Violet, le salon de l’art libre… etc…  travaillant sous la présidence de Mac Avoy, la FAAP avait interrogé, rencontré Bernard Anthonioz, Délégué aux Arts Plastiques du ministère de la culture en de nombreuses occasions, expliquant la situation sociale des artistes, recherchant des solutions, pour trouver un lieu pour les salons. La FAAP est un interface entre les artistes et l’administration de l’Etat qui va au-delà des problèmes des salons. Elle agit,  se mobilise comme dans le cas de l’expulsion d’Antonio Saura, finalement annulée, grâce à la défense de Mac Avoy ou bien dans le cas de la création de la Maison des Artistes. 

Beaubourg à peine sorti de terre, inquiète et comme l’écrit dans un appel le 13 janvier 1977, le Salon de la Jeune Peinture et le Salon des Femmes-Peintres : cette institution « se préparait à rejeter, dans la confusion, le présent et l’avenir de l’art ».
Idée qui allait rester pendant de nombreuses années dans les esprits. En effet à cette date une réunion à Créteil entre Pontus Hulten et Leproux conseiller technique de Françoise Giroud alors secrétaire d’état à la Culture de Valery Giscard d’Estaing et les associations d’artistes s’était fort mal passée … son verbatim n’est même pas connu, tellement il semble confus… ! Le 24 Mars 1977, Edouard Mac Avoy et Jacques Busse ont ainsi rencontré Pontus Hulten, alors directeur de Beaubourg assisté de Eschappasse et Plaquement (sans doute Alfred Pacquement) qui leur avait déclaré qu’il ne souhaitait pas supprimer les salons, mais combler les manques et les lacunes historiques du Musée d’Art Moderne du Centre en achetant en particulier les artistes américains. La porte était ainsi ouverte à AAA qui allait tenir le haut du pavé dans l’institution française d’autant que le marché de l’art avait quitté Paris depuis la crise de 1973.
Verbatim de la rencontre avec Pontus Hulten 
Finalement en 1981, la ville de Paris octroie une subvention aux Réalités Nouvelles. Le salon expose entre autres, Sylvie Fanchon et Licata, Piet Moget, Aurélie Nemours, Albert Feraud, Shirley Jaffe parmi 242 exposants. Le salon est présidé par Jacques Busse et son secrétariat mené par Maria Manton. 1982 le salon  est « itinérant » se passe au Centre d’art Rive Gauche. Idem en 1983 alors que Jacques Busse propose que Réalités Nouvelles s’appellent « Réalités Nouvelles – Permanence de l’Abstraction » et qu’ils se considèrent non plus comme un salon mais comme un collectif. 
Une autre histoire commençait ! 
Publié le 07/02/2013

(à suivre 1980/2000 La Permanence de l'Abstraction )

Décès d'Antoni Tapies (1923-2012) - (RN 1966)

Antoni Tapies en 2010
Le célèbre peintre catalan Antoni Tàpies est décédé à l'age de 88 ans. Débutant sa carrière après la guerre civile espagnole, il est d'abord influencé par le surréalisme, puis après avoir fondé à Barcelone le collectif Dau al Set il monte à Paris dans les années 50 où il découvre la peinture abstraite de la scène parisienne. Son oeuvre matiériste se caractérise par l'utilisation raffiné des textures amples, sablés, torturés en fit une des figures de l'art Informel européen. Célèbre internationalement à partir du milieu des  années 50 ( le magazine américain Life lui consacre un article), Antoni Tapies vivait isolé dans son atelier barcelonais où il constituait une oeuvre ample à base de collage, de peinture, de sculpture, d'écritures, de graffitis et de tags et de divers traitements de l'objet. Antoni Tapies est également l'auteur de livres de théories et de critiques dont "La pratique de l'Art". Son oeuvre à profondément influencé la jeune peinture espagnole des années 80 et 90 comme les peintres José Manuel Broto, Anton Lamazares ou Barcelo, jusqu'à devenir un forme de poncif hispanique.

Alberto Burri à Londres
Oeuvre d'Alberto Burri "Sac et Rouge" de 1954
Les oeuvres matiéristes d'Alberto Burri (RN 1958) sont exposés à Londres (GB) dans la Estorick Collection pour sa première rétrospective anglaise. Alberto Burri participa trés réguliérement au Salon des Réalités Nouvelles, où il exposait une oeuvre matiériste qui a profondément influencé l'Arte Povera.