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mercredi 9 novembre 2016

Un état des lieux contemporain

Paru dans le supplément Babelia de El Pais le 4 Novembre 2016, à l'occasion des 25 ans du supplément culturel du journal espagnol,  le critique d'art Francisco Calvo Serraller, fait le point sur la situation de l'art contemporain dans un article intitulé :

Le progrès n'est plus ce qu'il était

La mondialisation du marché de l'art a décentralisé le monopole de l'offre

Il nous semble offrir une bon résumé de la situation actuelle de l'art en 652 mots.


Un quart de siècle est un chiffre rond pour célébrer un anniversaire, mais un algorithme ne saurait s'adapter de manière significative à aucun récit historique sauf comme mémoire ponctuelle d'un événement, ce qui le discrédite pour établir un panorama, et encore plus si la matière a observer est l'art qui se manifeste de manière plus significative sur de longues périodes. Cependant, une fois donné cet avertissement, il est impératif d'ajuster notre discours à ce charmant anniversaire. Il est vrai aussi qu'il convient de souligner certains aspects qui semblent caractériser notre présent artistique, sociologiquement marquée par sa réification complète, comme en témoigne la disparition du phénomène de l'avant-garde.

J'ai remarqué publiquement ce problème depuis environ les années 1980, le constat m'a amené à repenser de manière critique la scène artistique, en tenant compte des modèles institutionnels, des stratégies et des personnages qui en avaient organisé jusqu'à récemment leur gestion et qui semblent en avoir été écarté et sans que, pour le moment,  on ne voit d'alternatives stimulantes en remplacement.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que l'art a toujours été médiatisée historiquement depuis son origine pour des intérêts assez vils encore plus exigeants que le marché des intérêts parasites, cependant, il a toujours réussi à survivre, ce qui ne semble pas correspondre aux chants des sirènes apocalyptiques, parce que l'art s'est toujours réservé "la puissance de son impuissance" un beau paradoxe qui exprime sa capacité intraséque libertaire et intempestive.

En dehors de ces généralisations nécessaires, dans ce goulot d'étranglement que nous appelons actualités il y a les signes concrets d'une mondialisation du marché de l'art, dont le monopole de l'approvisionnement a été décentralisé, et qui entraîné par de nouveaux moyens technologiques,  ne se limite pas à des endroits précis hégémonique, comme New York. Il est  remarquable de noter l'émergence vigoureuse du monde asiatique, la Chine, le Japon et la Corée du Sud, dont les artistes émergents font concurrence à ceux des pays occidentaux.

De plus, avec la multiplication exponentielle des musées et centres d'art contemporain, les foires et des ventes aux enchères internationales ont pris une force insolite déterminante dans l'orientation du goût du public, donnant aujourd'hui la fonction aux plates-formes telles que Biennales et Documenta d'être presque sur le point de devenir des événements touristiques. De plus le mouvement de l'information artistique  à travers le web a amplifié un échange ouvert, qui rompt avec les canaux habituels restreints.

Quant à l'activité artistique, elle n'est plus aujourd'hui plus exprimé par des mouvements ou des groupes successifs et alternants, mais comme des tendances qui coexistent simultanément.

En outre, comme l'art change mais ne progresse pas,  en conséquence les innovations invariantes produites singulièrement peuvent apparaître dans une des branches des tendances coexistantes, parmi lesquels on ne peut distinguer ponctuellement le meilleur impact entre un gris social et rond et votre auto-portrait idéal.

Cela dit, il est clair que la composante de la tendance la plus importante aujourd'hui, c'est le politique qui transmet les messages critiques les plus diaphanes sur les dérèglements perceptibles du présent, comme par exemple, nous faire prendre conscience de la perversion artistique du marché, celui, en général, du capitalisme post-industriel, les phénomènes de guerre impérialiste, le post-colonialisme, l'écologie, le féminisme, l'utilisation solipsiste de l'ère virtuelle ou toute autre dégénérescence des idéaux démocratiques qui se sont substitués à ses valeurs. 

Cette tendance politique, cependant, ne se réduit pas à la simple propagande idéologique, parce que, d'être ainsi comme une simple transmission conceptuelle transforme l'art en quelque chose d'inepte. Mais si l'art ne peut être seulement politique, celui qui ne l'est pas ne peut abandonner explicitement ses implications éthiques, parce que les missions artistiques authentiques s'additionnent sans jamais se soustraire. De manière que maintenant, nous vivons un conflit pour élargir les horizons de notre capacité de signification, ce qui a été et est la mission de l'art, qui aspire à être autre chose qu'une platitude; autrement dit : Bon anniversaire !