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lundi 18 février 2013

De Shirley Jaffe à David Lynch ...

L'histoire de la peintre Shirley Jaffe (USA - 1923) est bien connue : elle vient à Paris en 1949 et s'en amourache, commence à exposer aux Réalités Nouvelles dans les années 50 et 60, amitiés avec Sam Francis, Joan Mitchell,  Jean-Paul Riopelle, expose avec Jean Fournier. L'exposition que lui consacre Natalia Obadia, dans la "petite" galerie qui juxte la "noble" rue St Merri, est rétrospective pour cette artiste reconnue par les plus grands musées. Oeuvres des années 70, 80 sont juxtaposées et au milieu  trône un format récent "Horizon" datée de 2012.

Son oeuvre a évolué d'une peinture expressionniste gestuelle dans une première époque à une oeuvre plus géométrique, froide en aplat qui n'est pas sans rappeler certains Magnelli. Aujourd'hui, dans le salon RN un groupe de femmes américaines et parisiennes  Diane de Cicco, Leslie Greene ou Susan Cantrick, pour ne pas les nommer, en sont les dignes héritières ou en quelques sortes ses filles naturelles !

Olivier di Pizio président des RN
 devant Horizon 2012 de Shirley Jaffe


Oeuvres de Leslie Greene - 2012
Susan Cantrick en 2012
l'atelier de Dewasne en travaux...
Courtesy N.Obadia
La galeriste Nathalie Obadia, s'explique longuement dans une interview parue sur AMA le 6 février 2013 sur le futur de sa galerie et de la place de Paris, qu'elle défend comme elle peut.  Sa galerie est née au moment du grand décrochage de Paris dans les années 90. Paris jusqu'alors représentait encore 40% du marché mondial de l'art avant de disparaitre aujourd'hui remplacé par Londres ou Berlin. Elle ne croit ni à la pertinence de Berlin (elle défend pourtant Albert Oehlen) ni à ce qu'Internet soit un marché pertinent pour l'art, et moins encore aux grandes galeries entrepôts en banlieue de Ropac (à Pantin) ou Gagosian (au Bourget). Elle ouvre donc un nouvel espace dans l'atelier de Dewasne... (RN 1948) dans le 3eme arrondissement !
Au même moment, on peut voir les oeuvres numériques (portraits et paysages) de David Hockney chez Lelong : "Drawing in a print machine". De grands tirages sur papier lithographique entre 7 et 30 exemplaires conçus sur  "paintbox" avec des logiciels type dessin 2D, Photoshop, Illustrator, Brush ou Art Academy, mais sans doute pas de wacom. Mais que gagne t-on nous, spectateur à voir ces tirages imprimés par rapport à la possibilité de lire ces images sur écran ? La lithographie semble comme beurrée, elle accentue la mollesse du dessin et de l'écriture de David Hockney que l'écran au contraire affermit. Autant l'oeuvre de Shirley Jaffe, convoque le regard "ici et maintenant" devant l'oeuvre à la manière des expressionnistes abstraits. Mais alors pourquoi la galerie Natalie Obadia, qui dit ne pas croire à l'internet, l'accroche-t-elle si médiocrement dans ces locaux que l'on préfère regarder les oeuvres de Shirley Jaffe sur son site ? 
Le travail en numérique délocalise le regard et offre la possibilité du regard multimédia chez soi. Même si on comprend bien l'intérêt économique de David Hockney de tirer des lithos limités à des prix "De Luxe", alors que l'oeuvre d'art numérique s'échange gratuitement sur la toile.

David Lynch, autre américain de Paris, filme l'impression d'une de ses propres lithographies dans un court-métrage à l'imprimerie Idem-Paris, (anciennement Mourlot)de Montparnasse et diffuse le film sur Youtube. Dans un Noir et Blanc profond et numérique la presse lithographique est filmée comme une Lison, bête humaine d'un musée parisien de l'image. Comme si l'image réelle disparaissait derrière la copie, dans un va-et-vient mécanique mené par les imprimeurs artisans soigneux. Est-ce réel ? Qu'est qu'une image ? Qu'est-ce qu'une image d'une image ?