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mardi 21 juin 2011

LOUTTRE. B, R.CUTILLO, E.LEVESQUE, M.BISSIERE exposent au Chateau de Ratilly du 18 juin au 30 septembre 2011

Organisée en quatre expositions personnelles d’une dizaine de toiles, de grand format, emblématiques du travail de chacun des peintres, la cinquantaine d'oeuvres choisies par Martin Pierlot et Virginie Duval  sont présentées accompagnées de dessins et de gravures dans les salles historiques du Centre d'Art du Château de Ratilly (Yonne). 
Crée à l’initiative des potiers Jeanne (1917-1988) et Norbert (1919-1979) Pierlot, le Centre d’Art de Ratilly accueille à partir des années 60 des expositions d’art contemporains  Asse, Bazaine, Calder, Chillida, Tal-Coat, etc…
Le chateau de Ratilly, centre d'art crée par les Pierlot

Participant régulièrement aux RN,  les 4 peintres, Louttre.B (RN 2010), R.Cutillo (RN2011), E.Levesque (RN2011), M.Bissiere (RN 2010) sont de générations différentes et poursuivent inlassablement la même quête.  Comme abasourdis par le bruit incessant du monde extérieur, ils cherchent le calme. À l’ombre de leurs ateliers, peignant et donnant un sens bien particulier au temps qui passe, celui de la construction de leur toile. 4 amis qui partagent l’amour de la peinture et le respect mutuel mais aussi des différences. Peintres abstraits de la couleur, du geste et de la matière.

Martin Bissiere (Paris, 1962) présente sa série intitulée "La Montée des Extrêmes." Il semble s’interroger sur la capacité de la peinture à surmonter sa propre catastrophe, c’est à dire à son propre dénouement.  Il semble chercher l’abolition de la ligne d’horizon par une forme de rotation sur un axe virtuel de  motifs répétés.  Affirmant la verticalité du tableau dans le champ visuel il joue des contrastes des « taches-couleurs » emboîtées les unes dans les autres et donc détruites. Le « all-over », pulsation de la toile fait respirer la touche, formé d’un entrelacs géant préexistant au tableau qui semble magma fondamental prêt à jaillir. La composition de la matière se décompose à mesure que le tableau avance. La construction-déconstruction du travail depuis l’élan initial convertit le tableau en un champ gestuel où restent épar les traces du combat. Structure puissante,  touches répétées , entrecroisées, nœuds gordiens. En affirmant la théorie de la violence mimétique sa peinture se fait métaphysique : Apocalypse. 
Martin Bissière, La Montée des Extrêmes, 2010
Acrylique sur toile 200 x 200 cm

Ralph Cutillo (New York, 1950) utilise un vocabulaire issu de l’expressionniste-abstrait fait de larges touches, balafres, stries sur lequels se lisent des signes évidents sont comme pris dans la tourmente d’une tempête picturale... Le photographe New-Yorkais, élève de Capa, a qui un jour, on a volé son matériel, se retrouve à Paris pour peindre et reconstruire sa vie. Peintures en tensions narratives, images de l’enfance, images nées de la nécessité, du schéma identifiable scindant la toile en deux… des bateaux de la chambre des enfants… objets ramenés de voyages forment un champ visuel entre horizon et verticale … Réconciliation … Où la rage s’oppose au  calme, noir au blanc, vert au jaune, rose au bleu. Interrogation du peintre face à l’absurde du monde à son abîme… Les éléments de construction sont suggérés, mémoire ou imagination, comme le fil à plomb ténu qui tient le milieu de "Bubble of Love" et crée son équilibre. Parfois une simple barre horizontale en suspension abrite la composition (In the Curl, The Power of Myth).  Ralph Cutillo ne travaille pas en série - et nous pouvons constater que chaque tableau aborde le monde différemment, pourtant certains signes y sont récurrents comme le temple, l’oiseau, l’ange (ou est-ce un vautour ?). Chaque peinture est donc très lentement élaborée, et Ralph Cutillo porte une attention extrême à la matière, aux variations de textures et à l’intensité de la couleur. L’artiste explique : « Mes peintures ont  souvent trait au conflit, au pouvoir, elles comportent généralement des fragments d’histoire. Mais elles sont toujours pleines d’espoir. Elles sont positives, presque comme ces petites histoires naïves où les bons triomphent toujours à la fin.»

Ralph Cutillo, Go and Find your father, 2004
Acrylique et huile sur toile, 200 x 174 cm


Les peintures dErik Levesque (Paris, 1959) forment un lien direct avec la nature et avec son expérience intérieure, loin de tout naturalisme. Comme le remarque John Hoyland « Intemporelles, elles nous parlent d’événements qu’aucun mot ne peut expliquer ou décrire ; elles sont en mouvement et troublantes : une course énergique, un état d’émerveillement enivrant.

Son travail est empirique dans ses variations virtuoses; il nous surprend et se surprend lui-même avec ses couleurs éclatantes et originales». Parmi les tableaux, nous retrouvons "Infrarouge" qui était présenté au Salon des Réalités Nouvelles 2011, mais aussi "L'Oeil Mystérieux" grande toile faite de gouttelettes bleues dans laquelle semble flotter une forme rose évanescente en apesanteurErik Levesque puise dans les différentes histoires de l’art moderne et développe son idée par une réflexion ouverte et intuitive autant que par une longue pratique. On peut y lire aussi les signes de pourparlers avec l’art ancien, les maîtres modernes et contemporains, (voir "le crépuscule des dieux ou double relatif "). Cet échange créatif rend son travail dynamique et imprévisible. L’imagination est la force. L’art est une idée du monde qui ne s’exprime pas en termes logiques. Un monde de mystères plus profonds une nouvelle réalité à découvrir pour son espérance optimiste. Au fond pour Erik Levesque il s’agit de créer un monde basé sur des perceptions, bâti sur le suspend : un temps que l’on arrête pas, mais que l’on étire, que l’on ralenti. Il joue de l’opposition de formes, dur/mou, liquide/rigide, net/flou, couleur saturée/désaturée, raffinée/violente pour créer comme une profondeur de champ dans laquelle une empreinte de main semble flotter, en un "Motif" de méduse...  La peinture serait un « état d’yeux » pour reprendre le fameux mot de Degas,  que développe une réflexion sur les pigments singuliers comme la cendre ou l’aluminium …

Erik Levesque, Motif,  2007/2008,
 Acrylique et aluminium sur toile de coton, 162x 130 cm

Louttre B (Paris 1926) est une grande figure des Réalités Nouvelles. Il y expose depuis les années 50 et en a été membre du comité depuis les années 70. Il est le peintre d’une peinture granuleuse, sableuse, mais jamais lourde ("Un oiseau de bon augure"). Peintre du bonheur,  il compose ses toiles sur une ligne d’horizon souvent dédoublée, structurées de surfaces plates richement colorées sur lequel comme un signe un objet, un fruit s’incruste : un coloquinte, un citron. Vocabulaire presque naïf et allusif  à des paysages qu’il aime, ceux du Lot, comme bousculés par la matière, la texture, ample de la main comme dans "Petit olivier devenu grand". On y voit des objets, le plus souvent des verres, des assiettes et des fruits, allusions à sa maison familiale, aux amis qu’il a aimé Braque, De Staël que le vent a emporté. Inscrit dans sa mémoire, il dialogue avec eux par-delà le temps se construisant un musée imaginaire fait de passage entre choses simples et moments idéalisés. Comme le remarque Jean Paul Blanchet dans son introduction : «  Le peintre pour Louttre.B est un médiateur. Lui a choisi de dire l’étonnement de vivre. Sa peinture exprime cette surprise que chacun ressent  d’avoir cette appétence : le bonheur d’être. Et qu’il transmet dans ses tableaux par ce plaisir de faire. Mais ce bonheur n’est pas de tout repos pour l’artiste, il le sait. » Aussi « Ce qui frappe au premier regard devant les tableaux de Louttre.B, c’est la force de leur évidence, leur immédiateté et le plaisir  qu’ils expriment.  Louttre.B ne peint pas en partant de concept, projet ou convention de ou sur l’acte de peindre. Il peint du dedans de la peinture. Comme si ce médium était pour lui un mode d’expression aussi naturel pour exprimer l’être au monde, que peut l’être la parole, une procédure aussi simple que le fait de marcher…
En réalité ces formes sont surtout des prétextes, des ossatures, sur lesquelles s’accroche le jeu de la couleur qui est lorsqu’on y réfléchit, plus que jamais aujourd’hui, la vraie raison de la peinture. La peinture c’est d’abord la résonance de la couleur qui fait vibrer l’émotion. »

Louttre.B Ah! Les beaux jours 2011
Acrylique sur toile 130 x 130 cm

Donc ces quatre peintres présentent leurs perceptions, lui donnant formes, pour exciter notre pensée à concevoir, à comprendre. Peintures polysémiques qui rassemblent  des signes et qui demandent au monde ce que peut bien signifier que d’y être. Chacun d’eux utilise un code et un schéma singulier qui fonde leur identité : déployer le chaos au maximum et tentant de combattre le chaos par le chaos (M.Bissière), jouant de l’opposition des géométries naturelles et des couleurs dans un dialogue entre l’œil et la main (E.Levesque), Contradiction entre une peinture « all-over » et des bribes d’histoires personnelles (R.Cutillo) ou tenter d’imposer à l’espace optique un espace exclusivement manuel (Louttre B) … La peinture serait ainsi un dénouement du monde sans égale.

Catalogue accompagné de textes de Marie du Bouchet, Virginie Duval, Jean-Paul Blanchet, John Hoyland et Baptiste-Marrey.
Château de Ratilly - 89520 Treigny