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dimanche 27 novembre 2011

Jacques Maistre, sculpteur


Golem
Impromptu


Pouvez- vous décrire brièvement votre travail ?

Je pars de feuille d'acier plane que je mets en forme. Je les emboutie, soude, forge, structure, taille, grave, et par toute une alchimie d'acide, de chaleur, d'oxydation et autre caca de pigeon  tente de leur donner une "peau" particulière. La chaudronnerie reste le métier le plus parent de mon travail. Activer un volume à partir d'une feuille d'acier 2D, et de ce matériau commun lui trouver sa chair, sa soie, sa force et préciositée.

Qu'est-ce qui vous motive pour créer ?


Essentiellement la contradiction. Parvenir souvent malgré-moi à un silence particulier, une suspension,  une apesanteur, voir une inconnue douceur après avoir cogné, broyé, soulevé dans la poussière  le feu et le vacarme  quelque tonnage d'acier. Paradoxes de la violence organique, des furies intérieures. J'évite de me faire soigner et m'étonne encore. Peu enclin a rechercher une quelconque beauté, soumis à la matière, j'accomplis le geste qui donnera du rytme au désordre et me surprendra  d'un élan l'autre à contenir et fixer mon mouvement. Cet instant ou une pièce "bouge" et que mes mains deviennent inutiles, qu'elle m'échappe pour s'accomplir dans le regard des autres, sous leurs caresses. Cet instant. Ce métier de cocu me motive. Je pourrais être plus conquérant et finir par proclamer mes paix intérieures. Je m'ennuirais. Je continue.


Pouvez-vous nous parler de votre pratique au jour le jour ?

J'ai la chance ou la malchance de posséder un atelier sur mon lieu d'habitation. Qui plus est, je me suis construit des bunkers hermétiques me permettant de travailler jour et nuit. Je peux tenir le siège pendant parfois quinze jours sans franchir le portail de ma maison. Une dizaine de pièces restent en jachère sur mes établis. Des dessins, des bribes de poèmes, épures en constante ratures cloquent le mur. Je les convoque, les renie, les laisse murrir et me mordre quand je sens qu'une carburation vitale peut les animer- un axe qui leur permettaient de se tenir debout et que je n'avais pas discernée. Je passe des vingt quatre heures d'affilée à leur apprendre à marcher, à me fuir, à disparaitre de mon antre pour enfin me reposer.
Il semblerait plus glorieux d'être barbu et dégueulasse à naviguer en solitaire par les océans, mais j'ai l'inconvéniant de ne pas avoir la mer au bout de mon jardin. On se débrouille comme on peu. D'une cage dont on s'est sciemment certi, on peut de la rouille de ses barreaux en tirer l'or d'une consciente solitude. L'automne des grandes forets nous l'a apris.




L'envol des gargouilles au Salon RN 2011

Depuis quand travaillez vous de cette manière ?

Depuis toujours me semble t-il. J'ai débuté comme trapéziste dans les grands cirques. Si je ne me balançais pas à taper la toile au cîmes des chapiteaux,  je tronconnais des camions hors d'usage en chars de parade, soudais des tabourets d'éléphant, polissais mes agrés d'acrobate dans cette fièvre et urgence de la pèche miraculeuse. Certainement un fonctionnement  propre aux marins embarqués à bord des baleiniers du 19 e sciècle. Je date et reste fier d'être  un artisan de l'improbable. En ce sens, Je ne pourrais jamais concevoir une œuvre si je ne  la poursuis pas en l'accomplissant de mes mains. Mon langage reste intrasuisible dans le bronze ou tout autre idiome. Il reste un acte de rytmes, de signes, totalement conditionné par sa matière initiale.  Responsable, comme je l'étais de mes chutes ou envols dans ma vie de trapéziste.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé ?

Est-ce Bramhs ou Chillida ?... Barichnikov, Hendrix, la croupe écumante d'un cheval ou le toréro mort de Manet ?... La géométrie des influences me parait si complexe que le kalédioscope de mes pôles d'attraction ne me renvoie souvant que les brisures d'un cadre, d'un nom, que je ne saurais dire ou définir.
Je parlerais plus de compagnonage avec cette photo  de la Pièta de Rondanini de Michel-Ange tirée d'un vieux magazine et agraphé au dessus de mes marteaux, ou la Passion de  Saint Mathieu de Bach que je mets  avant de faire une patine, ou Billy Holiday…. Sans grandes déclarations, de ces petites ponctuations sentimentales, causeries discrètes. Un  chapelet de petits flirts comme ça.

Qu'est-ce qui en dehors des arts visuels fait évoluer votre travail ?

Ancien voyageur, je saisis mal le dehors du dedans, et me sens ouvert en plein vents sur tous les horizons possibles quand je suis a cheval sur les frontières. L'observation du mouvement et ce qu'il en laisse comme empreinte temporaire m'interoge sur mon travail. La claque d'une vague qui ravive les flancs d'un parapet ou dévoile la couleur de gallets sur une plage. Cette fresque en craie tracée sur un bout de trottoir par un artiste anonyme- une nativité religieuse-et la pluie qui delaye son généreux bestiaire, les pieds des passant qui redessinnent une trame d'ombre et de lumière sur le visage de la vierge, cette construction figurative qui se ritualise encore plus fortements dans l'abstraction, ce relai dans une logique du hasard. Cette pulpe de l'éphémère, du périssable, comme ce sandwich d'affiches ventre ouvert qui dévoile jusqu'au mur les différentes strates de ses collages et motifs. L'écaillement de ces peintures jusqu'à la rouille de cette coque de bateau. L'observation d'infimes mouvements du temps et des éléments fait évoluer mon travail. Trouver l'empreinte, le fugitif. Ma recherche pour éclairer de ces nudités mes pièces construites dans un materiau increvable. De ces petites danses que je discerne dans le quotidien, je me nourris.

Comment souhaitez-vous que le public reçoive votre travail ?

Je m'impose assez de règles et de directives contradictoires pour souhaiter avec clarté  axe de partage  avec le public.  D'aspirer à de trop de confortable réponses, évacuerais mes doutes, ces vieux compagnons de route que j'érode de si intime manière qu'ils me paraitraient intouchables et paralysants s'ils tiennent d'un corps étranger dans ma spère de travail. Pour parler simplement, je me fous de savoir si mes pièces sont belles. Je cherche et souhaite à ce qu'elles ne soient pas hâtivement définitives, mais circulent encore, que d'autres les accomplissent au sein de leurs paysages intérieurs. Tous les chemins mênent aux autres, et n'imposons pas une destination au vagabond. De même il trouverait indescent qu'on lui souhaite beau temps et tiedeur pour  se faire. Je souhaite les quatres saisons, ni plus ni moins.

Qu'est-ce que vous avez vu récemment qui vous a marqué ?

Un danseur Espagnol: Israel Galvan. La projection de son corps qu'il arrive à fixer dans une immobilité vibrante. Cet éclat, cette couleur que je n'ai encore jamais vu sortir d'un tube. Là, aveuglante, sans estompe, et pourtant de spirale, sinuosités, ruptures. Un parcourt de secret. Couleur nue. Un chef d'œuvre de l'abstraction. Une matière en devenir.
Une complicité ronronnante aussi: cette grue que j'aperçois par la fenêtre de mon atelier. L'adresse du minuscule bonhomme  qui déploie l'infime dessin de la flèche. Des tonnes de béton charriées à son aplomb. L'autorité absolue de cette fragilité m'impressionne.
L'orgueil des Lointains
Qu'est-ce qui vous passionne actuellement ?

A part les chantiers, les sonates de Beethov' et de la colonisation par des insectes de vieilles pièces qui parsèment  mon jardin, la découverte de l'écrivain Isaac Bashevich Singer. J'ajuste la pensée de son œuvre au silence de la roue libre de mon vélo - de grandes ballades - et quand je rentre, à coup de marteaux tentent d'élaborer des pièces d'acier en regard de ses nouvelles.  "Le Golem" dernièrement. On peut dire que je l'ai élaborée en pédalant.

Dans quel sens selon vous doit évoluer l'art abstrait ?

S'abstraire de l'abstraction conformiste actuellement productrice de concepts qui deviennent figuratif à en être trop caricaturales - petits fours d'idées toutes faites qui encanaillent les parvenus de service. Bien sur, en ce moment Le pompier contemporain éternue proprement sa pommade de joliesse décorative dans les salons de bon ton. Mais ne déconnons pas: malgré des expos de papier peint et de Mickey sans Disneyland, nous savons que l'art fait parti de cycles. L'abstraction a encore de beaux jours, et même si elle se meut dans des territoires plus souterains que dans les années cinquante, elle saura garder les yeux ouverts dans le noir et ne pas cligner des yeux au sortir du tunnel, et saura se diriger au plus directement dans une nouvelle sphère évolutive.  Je cotoie des tas d'artistes qui patouillent dans leur coin de nouvelles formes, dans toutes matières- même sur des claviers d'ordinateurs  et dans des putains de télés- ils arrivent encore à trouver de nouvelles identités et trajectoires. Hors écoles ou clans, des météores désinstalent les installations, coupent toutes racines confortable et illuminent l'impalpable, cette matière qui me parait au plus proche du désir. Qui en est dépourvu?... les monstres auront des jambes et les anges des sexes. Evidemment.

Si vous aussi vous participez au Salon des Réalités Nouvelles et souhaitez répondre à ce questionnaire envoyez vos contributions au Cahier des Réalités Nouvelles  : administrateur@realitesnouvelles.org

                                             






lundi 21 novembre 2011

Béatrice Bonnafous, les Intouchables, Life Lessons et la Métamorphose des Cloportes



Après Christophe Cusson (RN 2011), c’est au tour de Béatrice Bonnafous (RN 2010) d’avoir les honneurs de l’émission Thé ou Café sur France 2.



Ses œuvres matiéristes et solaires sont présentées  longuement au spectateur alors que la mezzo-soprane Béarice Uria Monzon est interviewée par Catherine Ceylac qui, comme nous le savons, a une véritable passion pour l’art et la peinture en particulier : une attitude exemplaire et rare dans le monde des médias audiovisuels bien éloignée des caricatures de l’Art Contemporain que véhicule les films : Intouchables ou le Pire Cauchemar. Gros succès consensuel avec plus de 6 millions d’entrées, le film « les Intouchables » que l’on ne présente plus comporte deux scènes de négociations de tableaux abstraits. Dans les salles du Trocadéro évoquant une grande galerie d’art contemporain, Omar Sy (l’aide soignant) se révolte contre le prix abracadabrantesque à ses yeux d’une tache rouge  en diagonale sur fond blanc. « Vous allez pas acheter cette croûte, la !... 30000 Euros !... Le mec il a saigné du nez sur un fond blanc et il demande trente mille euros ! »  lâche-t-il à François Cluzet riche tétraplégique dont il s’occupe et qui va acheter la toile.


Dans la seconde scène, le même personnage se met à peindre à la manière d’un Basquiat de banlieue parisienne… Cluzet négocie le prix de la toile en escroquant un ami qui s’en amuse. Dans "Mon Pire Cauchemar", autre film sur les écrans actuellement, rebelote dans l’incompréhension entre Benoît Poolvorde, l’homme du peuple face aux choix esthétiques d’une Isabelle Huppert, directrice improbable d’une grande galerie d’art évoquant  la fondation Cartier…

L’art contemporain fait toujours mauvais ménage avec le cinéma français et ce depuis de nombreuses années… Ce qui n’est pas le cas dans le cinéma américain, ou l’on trouve de « magnifiques » tableaux dans les belles villas californiennes ou dans les lofts New-Yorkais comme dans "Life Lessons" (1989) de Martin Scorsese !

Cependant une des meilleures et des plus drôles caricatures de l’Art et de son milieu se trouve dans un film français un peu oublié : La Métamorphose des Cloportes (1965), de Pierre Granier-Defferre, dialogue de Audiard… film adapté du roman éponyme d’Alphonse Boudard (1961). On y voit la transformation d’un receleur joué par Pierre Brasseur, Tonton brocanteur aux puces devenu un très grand marchand de tableaux d’art abstrait. Après 5 ans de prison, Lino Ventura, un petit voleur de tableaux vient chercher son fric et sa vengeance pendant un vernissage...  Nous sommes en 1964 et l’on reconnaîtra de nombreuses œuvres des Réalités Nouvelles de ces années-là accrochées au mur et dans le jardin… Des sculptures d’Henry Moore (?) entre autre en début de séquence… Bon jeu de reconnaissance …  ah oui ! j’oubliais Ventura devient galeriste… et pour ce prend de savoureuses leçons figuratives de vocabulaire de 1965 avec Cat la gérante mutine de la galerie d’art : « Oublie le mot dessin, chéri, il est complètement anachronique, parle de graphisme, de modelé, ou de mise en condition de l’objet, je préfère … et puis… n’emploie jamais non plus le mot de coloris mon amour,… parle de chromatisme, de matité, de rythme ».
Car comme le dit Tonton à Alphonse : "Au niveau de l'arnaque, les coups les plus tordus ne sont rien comparés à la peinture abstraite !".



lundi 14 novembre 2011

Raphaëlle Boutié Peintre

Hersée 2011



Hersée III 2011












Pouvez-vous décrire brièvement votre travail ?

Je peins à l'extéreur de nombreux petits formats papier à la gouache qui sont développés à l'atelier sur des toiles de grand format. Je peins essentiellement à l'acrylique sur les grands, car c'est une peinture qui correspond bien à l'urgence dans laquelle je suis. C'est une peinture frontale face à la nature en face pour étaler sur la toile ses gestes invisibles; le Mistral, la montée de sève, des parfums d'asphodèles ou l'ancrage de la roche. Du "landscaping" où s'entrechoquent brutalement coulures et traces, aplats et griffures, autant de marques qui étirent la toile dans tous les sens, grandeur nature.

Qu'est-ce qui vous motive pour créer ?

Un bouillonnement, ce qui vient de l'extérieur est entré à l'intérieur et a besoin de resurgir. C'est aussi une curiosité qui me propulse. Que va-t-il se passer?  Comment ce qui a été absorbé va s'asséner sur la toile, que va en faire le bras ? La couleur, aperçue dehors, est lancée à l'atelier et relance un débat, au sens de se débattre. Ce face à soi, après le face à face avec la nature conduit un peu au-dessus de l'humain.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique au jour le jour ?

5 à 6 heures par jour, 3 ou 4 jours par semaine. C'est une discipline. La régularité de la présence à l'atelier, avec ses déceptions et ses surprises. Des aller et retours, des autours et alentours de la toile qui est parfois à terre, parfois debout, toujours à l'affût. Un défi permanent de conquête de territoire.

Depuis quand travaillez-vous de cette manière ?

Depuis toujours sauf que ma manière avance, évolue. Il y a tant de manières qui font partie de l'évolution et en même temps, elle est une puisque c'est moi qui conduis!

Quels sont les artistes qui vous ont influencée ?

Essentiellement des peintres ; la circulation chez Rubens, la terre de Kirkeby, le geste de Joan Mitchell, le Midi de Kimura, le fracas de Piero della Francesca, et puis Lüpertz, Broto, Vedova, Baselitz, John Hoyland, Kimber Smith, les vanités de Denis laget, Twombly, qui ne font pas du joli. 
Et encore Cézanne que j'espère avoir assassiné! Mais aussi les sculptures de Couturier ou de G. Richier. Et encore des lectures ; F.Gantheret, Romilly, P. Handke ou des poèmes, "Le bateau ivre", certains poèmes de Baudelaire ou des bribes sur la couleur que je peux lire ça et là. 

Altière 2011
Qu'est-ce qui, en dehors des arts visuel, fait évoluer votre pratique ?


Des lectures, bien sûr. La marche, le vélo, le sommeil et surtout la sensation du corps roulé, désarticulé, oublié dans la vague bretonne, qui lui permet de ne pas être contrarié. L'apràs offre de nouvelles perspectives picturales, car la catharsis procurée par ce brassage marin apporte une nouvelle énergie pour peindre tout neuf. 

Comment souhaitez-vous que le public reçoive votre travail ?


Qu'il se le prenne en pleine figure. Que ma peinture frappe celui qui la regarde, et si elle est appréciée, c'est bienfaisant.  Après, que chacun ait ses propres références, apprécie ou non, ce n'est plus mon propos. le propos premier de la peinture est d'être, ensuite si elle est regardée, et louée, tant mieux, mais si je souhaitais quoi que ce soit, la peinture en serait altérée.

Qu'avez-vous vu récemment qui vous ait marquée ?


Des vagues énormes en Bretagne qui frappaient la digue. Une mésange, la démarche chaloupée de mon chat dans la rue. Des peintures de Matthieu Dorval, breton. La cathédrale de Reims. Les sculptures de Baselitz dont la brutalité, la finesse et l'ironie m'enchantent.
Qu'est-ce qui vous passionne actuellement ?


Je ne sais pas en ce moment, en fait. Sentir l'odeur de certaines bouteilles de peinture, enfoncer le pinceau dans le tissu de coton, mais cela me passionne depuis toujours. Camper la Sainte-Victoire, oui, c'est cela qui me tient au corps en ce moment. Mais c'est depuis toujours aussi.

Arêtes 2011


Dans quel sens, selon vous, doit évoluer l'art abstrait ?

L'art abstrait a un devoir _  je parle surtout à propos de la peinture, bien sûr_ c'est celui d'être pauvre c'est à dire pur, dénué de toute convention picturale _  je ne parle pas des grandes lois de composition, de circulation ou de format -  mais des systèmes, des redites, des savoir-faire, bref, de tous ces trucs qui étriquent. Sinon, quel chemin peut-il prendre? D'autres supports, comme depuis longtemps la photo ou récemment l'image électronique, aident déjà l'art, ce qui est une évolution intéressante:  mais on entre dans une ère de sophistication extrème où se perd l'aspect manuel, artisanal de la peinture. Je souhaite qu'elle ne se fasse pas avaler par le secteur tertiaire ! La peinture entre en résistance, et surtout la peinture abstraite, si tant est que toute peinture ne le soit pas ! Et le chemin qu'aura pris l'art abstrait, c'est l'histoire de l'art qui le dira. Le tout, c'est que l'art ne cherche pas le port mais la haute mer.


Si vous aussi vous participez au Salon des Réalités Nouvelles, et souhaitez répondre au questionnaire. Envoyez vos réponses à administrateur@realitesnouvelles.org accompagnées de 4 photos.

Vous pouvez également vous reportez au blog du standard interview pour trouver des interviews d'artistes abtraits britanniques.



lundi 7 novembre 2011

In Memoriam John Hoyland versus Gerhard Richter




John Hoyland a Paris en 2006

La cérémonie de la Royal Academy de Londres à la mémoire de John Hoyland RA, décédé le 31 juillet 2011 et incinéré dans l’intimité familiale, a eu lieu le 27 Octobre dernier. Étaient présents avec sa famille et ses amis entre autres Alan Davie, Albert Irvin, David Hockney, Howard Hodgkin… et tout le ban de la peinture abstraite britannique.
Pendant l’office anglican à St James Church, les témoignages d’Anthony Caro, d’Allen Jones, de critiques et de conservateurs de musée racontaient chacun à sa manière un élément de la vie et de la carrière de John Hoyland (RN2006/2007): sa volonté de peindre, ses emportements sarcastiques, sa mauvaise foi réjouissante, son humour, son franc-parler et sa « seule et unique passion » la peinture. Venant de la part d’Anglais, cela fut très savoureux, puisqu'ils en venaient à définir John Hoyland comme l’inventeur d’un discours de la méthode dont l’affirmation essentielle est : « Je peins donc je suis » !
Peintre pour peintres, John Hoyland affirmait ainsi que la peinture est penser mais aussi construction de soi. Il faudra écrire ce que la peinture anglaise depuis 40 ans nous a apporté de réflexions sur l’écriture, sur la forme, l’attention au système de la couleur, par exemple Hoyland s’attribuait un type de jaune d’une certaine qualité … et la manière dont ils ont littéralement tordus, détournés, pliés, cintrés l’expressionnisme abstrait américain pour en faire autre chose.  Hoyland est bien de ces glorieux pirates de sa Majesté basés aux Caraïbes et à la à la barbe rousse !

En 2006, Hoyland était venu à Paris visiter le salon de RN. Voici quelques photos d’une balade dans Paris et d’une visite au salon des Réalités Nouvelles… Il avait savouré la qualité du salon, de l’accrochage… Il voulait rapporter le salon à Londres… la maladie l’en a empêché.
John Hoyland au RN
Devant Soulages

 avec Louis Nallard

devant Albert Irvin









Devant sa propre peinture...
devant une toile de Erik Levesque















Au même moment se déroule la rétrospective de Gerhard Richter à Londres à la Tate Modern  jusqu’au 8 janvier 2011. Elle viendra ensuite en juin 2012 à Paris au Centre Pompidou. L’exposition fonctionne comme un exposé d’Arts Plastiques pour Master 1 dont la problématique serait « PEINTURE ET PHOTOGRAPHIE ENTRE FLOU ET NET LA PROFONDEUR DUCHAMP … » (jeu de mot, 1 euro dans le cochonnet !).  Aussi la connaissance de l’exposition est-elle impérative pour tout étudiant ou candidat à une école d’art ! 
Gerhard Richter est un peintre d’histoire allemand, universellement reconnu, dont l’oeuvre navigue entre figuration d’après des documents photographiques et abstraction tachiste, pratiques menées en parallèle comme un peintre européen qui peint figuratif le matin et abstrait le soir …

Né à Dresde en 1932 ayant survécu aux bombardements, un oncle dans la Wehrmacht, une tante handicapée euthanasiée parce que « untermenschen », membre du PC en Allemagne de l’Est en 1950, passé à l’Ouest en 1961, attentif à la Fraction Armée Rouge (RAF) des années 1970, à la réunification de 1989, à la Guerre de Golfe de1991 et en partance pour New York le 11 septembre 2011 ! Background d’une relation intime à l’Histoire, que Richter décrit dans des tableaux d’après photos à partir d’une image rétroprojetée : bombardiers anglais… et américains … portraits de famille… bande à Baader… 11 sept 2011… tous peints en gris et blanc (blanc de Titane + Noir d’Ivoire) ; travail suivant les époques plus ou moins fini et adroit, sans écriture personnelle ce qui fait que l’on finit par penser que chaque salle est le fruit du travail d’un peintre différent… Le flou ou le mouvement est obtenu en passant une brosse sèche horizontalement pour flouter les contours et laisser un point net de focale courte. Jouant de la profondeur de champ entre photographie et peinture, Richter affirme la pertinence de la Grande Peinture comme reflet de la Réalité Sociale et l’oppose à la doxa duchampienne de l’impossibilité de peindre !

Ema nue descendant l'escalier
Sont associées aux peintures, des installations didactiques faites de fenêtres, de glaces, de vitres de double ou triple épaisseur qui montrent le flou, le net, le gris, la dégradation de valeur qui précisent les enjeux théoriques pour ceux qui ne les auraient pas compris en mettant les points sur les I. Nous rappellerons à ceux qui n’ont toujours pas fait art plastique que la peinture est fenêtre, définition certes limitée mais universitaire. Les salles sont titrées en chapitre : "Photopeinture des années 60", "D'après Duchamp", "Paysages endommagés", "peintures grises et chartes de couleurs", "La figuration rencontre l'abstraction", "en explorant l'abstraction", "peinture de genre et abstraction raclée", "paysages et portraits", "18 octobre 1977", "Abstraction des années 1990", "interroger la peinture", "les limites de la vision", "2001 et aprés", "John Cage"... Et on voit alors Ema, la première femme du peintre nue descendant l’escalier… en 1968 en couleurs Agfa… vert, brun, rouge … couleurs inventées en 1936 par Agfa en collaboration avec Bayer et I.G Farben… En norme DIN (Deutsche Industry Normen)… ( la pellicule était fabriquée dans le camp de Dachau, jusqu’en 1945… ) 

La couleur est présentée sur de grandes chartes en cases successives de peintures faites à l’émail, alternant ton local 1 à 1 sans avoir recours à la martingale d’Ellsworth Kelly (RN 1953) dont il diverge radicalement. La martingale de probabilités d’Ellsworth Kelly pour la couleur s’écrit  Prob(v < Y < u) = Prob(-∞ < Y < u) - Prob(-∞ < Y < v) et consiste de manière moins mathématique et plus pratique à associer à deux dés 11 couleurs. Lancer les dés et peindre la couleur associée au numéro sur le tableau : 2 = bleu, 3 = orange, 4 = rouge, 5 vert, … etc … Richter lui ne change rien, n’altère rien ... il rend vague, confus, voilé… Oui, la charte des couleurs chez Richter est allemande (comme un épisode de Derrick pour ceux qui n’ont toujours pas fait Art ... ). Elle ouvre ainsi la porte à de grands tableaux abstraits ou les couleurs primaires :  rouge de quinacridone, vert, bleu et jaune de phtalocyanine sont étalées sur la toile, puis raclées par une grande spatule verticale, le plus souvent avec du blanc de Titane, reprenant le geste horizontal du floutage, écrasant la couleur et sa texture en des ensembles de Julia : le flou en gros plan, en détail. Il peut même photographier un détail d’une toile abstraite et la refaire en grand, ce qui semble le plus intéressant par un redoublement à la fois théorique et pratique de son art. Jeux d’empreintes constructales dont il associe le procédé à celui de la violence de la guerre (Irak 1991)…  















Mais la peinture abstraite chez Richter a un rôle tout aussi narratif que sa peinture figurative…  elle veut dire bombardement… Elle signifie explosion… elle énonce la destruction… , elle explicite, elle caractérise, elle formule mais elle semble le faire avec la même pertinence et légèreté (pour ceux qui n’ont toujours pas fait art plastique), que le chef d’état Bordure Pleksy-Gladz qui entreprend de détruire New York grâce à un système d’ultrason mis au point par les nazis dans les aventures de Tintin et l’Affaire Tournesol !

Les toiles abstraites de Gerhard Richter ouvrent le chemin vers la génération suivante celle des Albert Oehlen, Daniel Richter…  Celle de l’amnésie ? de l’effacement ?


John Hoyland...
Toujours avec son humour John Hoyland disait que le fantôme d’Hitler hante les toits de la Tate Modern à Londres. D’ailleurs il détestait Beuys qu’il considérait comme un pilote de chasse de la Luftwaffe camouflé en artiste pour tenter une réhabilitation qu’il ne lui accordait pas… 
Depuis le 27 octobre la chasse aux fantômes est ouverte… Ghostbuster !
... en visite au musée Delacroix à Paris !




mardi 1 novembre 2011

Chantal Mathieu, peintre

















1/ Pouvez vous décrire brièvement votre travail ?

Je peins la plupart du temps à l’huile sur des toiles de formats variés afin d’éviter l’ennui de la répétition, dans un souci constant de balance des couleurs en diversifiant  formes, lignes, rythmes et matières, de la façon la plus libre possible sans dessin ni croquis préparatoires. Le mélange des couleurs se fait le plus souvent sur la toile. Chaque toile est pour moi une nouvelle aventure. Triste ou gai, le monde pour moi est couleurs. L’acte de peindre est chez moi essentiellement intuitif toujours en recherche du partage d’une émotion.

2/ Qu’est ce qui vous motive pour créer ?

C’est un besoin qu’il m’est difficile d’expliquer. C’est une urgence face à la vie, la conscience que j’en ai de sa fugacité. C’est selon mon état d’esprit et c’est aussi le plaisir que la crainte de peut-être ne pas pouvoir y arriver procure. Dès qu’une toile ne me pose plus de problèmes, elle perd pour moi de son intérêt et je dois passer à une autre.

3/ Pouvez vous nous parler de votre pratique au jour le jour ?

Chaque jour de la semaine je peins au moins quatre heures dans le silence de mon atelier. J’ai plusieurs toiles en cours d’exécution, que je reprends au gré de mes réflexions et de mes émotions. Je ne peux pas rester trop longtemps sans peindre et quand je ne peins pas je continue à peindre dans ma tête au risque même de perturber mon sommeil. 


Les Rubans de la Vie 130 x130 cm

 4/ Depuis quand travaillez vous de cette manière ?

Je peins depuis trente ans. Pour moi il n’existe pas qu’une façon de peindre. Je peins sans contraintes et sans souci des modes. Je suis en exploration permanente, par contre je sais où je ne veux pas aller.

5/Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé ?

J’ai très certainement subi des influences de tous genres dont je n’ai pas une réelle conscience. Je me contenterai de citer quelques artistes que j’apprécie : De Vinci, Rembrandt, Vermeer, Titien,Soutine, Picasso, De Kooning, Bram Van Veld, Joan Mitchell, De Staël, Soulages, Marfaing, Hartung,Vieira Da Silva, Manessier, Fautrier, Basquiat.

Cadence 163 x195 cm

6/Qu’est ce qui en dehors des arts visuels, fait évoluer votre pratique ?

La nature, mes lectures, mes rencontres, l’actualité, la musique.

7/Comment souhaitez vous que le public reçoive votre travail ?

Mon intention n’est pas de choquer. La violence, la souffrance et l’injustice sont déjà bien assez présentes dans la société,. Je n’ai pas envie de hurler pour me faire entendre. Par ma modeste contribution j’espère apporter à quelques uns un peu d’apaisement et de calme. La beauté est aussi dans l’âme de celui qui regarde.

 8 /Qu’est ce que vous avez vu récemment qui vous ait marqué ?

Un lever de soleil dans la brume laqué de rose et de gris bleu sur le canal de Bourgogne, un coucher de soleil sur les tours de la Défense, le regard d’un enfant dans le métro, les pleurs d’une femme à la télévision.

9/Qu’est ce qui vous passionne actuellement ?

De tout temps mes passions sont les mêmes, la peinture, la lecture, la musique, la nature, la vie. C’est aussi me rendre utile au sein d’un collectif d’artistes.

10/Dans quel sens selon vous doit évoluer l’art abstrait ?

En tant que vue de l’esprit l’Art Abstrait évolue avec la société. Ma crainte est que sa représentation devienne purement virtuelle l’ordinateur prenant le pouvoir. Selon mon sentiment, notre société en perte de repères va devoir retrouver des fondamentaux. Pour moi rien ne remplacera jamais, toiles et pinceaux afin non seulement de donner à voir mais aussi à toucher et à sentir en direct. La science repousse en permanence nos limites. Maintenant nous arrivons a capturer les images du cerveau. Allons-nous nous restreindre aux formes engendrées et retenues par les machines capables d’explorer notre cerveau ?

Commentaire
Le seul, à mon sens, à avoir été original, c’est l’homme des cavernes. Pour ma part, je ne cherche pas à être originale. Je pense à mon travail, me remets en question, avec le souci de comment le rendre meilleur? Ce n’est déjà pas si facile ! Douter n’est pas refuser la vérité c’est la chercher.
Peindre est mon langage, il raconte plus sûrement qui je suis que mes mots ne sauraient le dire.



Si vous aussi vous participez au Salon des Réalités Nouvelles, et souhaitez répondre au questionnaire. Envoyez vos réponses à administrateur@realitesnouvelles.org accompagnées de 4 photos.

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