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mardi 22 mars 2016

La fin d'une époque, d'un art,...

Pour les hispanophones, un interview passionnant de Benjamin H.D. Buchloh, professeur d'histoire de l'art à Harvard et collaborateur au MIT USA, publié dans El Pais. Cet allemand né à Cologne en 1941 a été primé par un Lion d'Or à la Biennale de Venise 2007 . Il est un des exégètes de la peinture conceptuelle européenne, on lui doit entre autre le commissariat de la rétrospective Marcel Broodheart (actuellement au Moma), mais également la défense de Gerhardt Richter ou celle de Richard Serra. Il se veut à égal distance du formalisme qui réduit les œuvres à leurs structures autant que du commentaire idéologique (socio-éco-politique) sur l'impact des œuvres.

Résumé-Abstract : 
S'il constate que les oeuvres conceptuelles des années 60-70, ont pu avoir une réflexion sur la société du spectacle, elles sont impuissantes à réfléchir la mondialisation et la numérisation qui dématérialise les objets esthétiques Doit-on encore se déplacer pour comprendre une œuvre ? Lui-même ne se déplace que s'il est interpellé par une œuvre après l'avoir vu sur le Web. La visite virtuelle est le premier lieu de la rencontre. Voir l'oeuvre in-situ est, selon lui, le moment de vérité, retrouver la matière (espace, poids,  gravité, masse, texture, ) avec Serra et Richter et ce moment se substitue à l'aura de Walter Benjamin. Voir l'oeuvre "pour-de-vrai" c'est aussi vérifier la marchandise dans l'échange commercial.
Le numérique remet aussi en question le musée et la participation du spectateur. L'art à totalement changé dans la dernière décennie "d'une manière que même le pessimiste le plus cynique ou le critique marxiste le plus orthodoxe n'aurait pu imaginé." Ainsi à la critique conceptuel qui imaginait que l'œuvre d'art était par essence philosophique, c'est substitué l'œuvre-objet  à valeur fiduciaire. La cote de Richter lui semble ridicule (39 millions de dollars ndlr) déconnecté de toute histoire de l'art. Historien de l'art et critique n'ont plus aucune influence sur le marché. Les critiques négatives sur Jeff Koons n'ont aucun effet sur sa cote. Le critique figure du passeur/expert au XIXe siècle,  n'est plus de nécessité puisque l'éducation visuelle du public est meilleure que jamais. Mais le corollaire est que c'est le marché qui décide si une œuvre est importante ou non. Le musée suit et expose Jeff Koons ou résiste. Le musée fait un acte politique.  Bauchloh refuse ce syllogisme qui veut que l'oeuvre de Koons soit banal parce que notre époque le serait. Ce n'est pas parce que notre expérience quotidienne est banale que l'esthétique doit l'être également.  Nous sommes également confrontés à des questions tragiques, terrorisme, émigrations, réfugiés...   Mais l'art contemporain fait naufrage devant toutes ses questions : "il y a l'art prétentieux qui se veut politique mais qui ne l'est pas, l'art banal qui ne peut être critique. L'art politique est tellement hermétique qu'il échoue." constate-t-il.
 " Nous sommes à la fin d'une époque " à laquelle il appartenait.