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jeudi 5 septembre 2013

Scénario pour une comédie américaine

Il y a toujours quelque chose de réjouissant dans les histoires de faux, peut-être est-ce le sentiment du spectateur  devant un vaudeville ou celui d'un dénouement heureux après un suspens complice et cocasse et où la morale est sauve comme il se doit. Le faux en art c'est de la vraie fiction ... ou du moins que l'on pense-t-elle !

L'histoire du procès new-yorkais (en cours). que raconte Patricia Cohen et William Rashbaum dans le New York Times du 15 Août dernier est à la fois exemplaire et drôle :

F for Fake d'après Pollock... fin du XXe siècle
Pendant quinze ans, des faux des plus grands peintres de l'école de N.Y, De Kooning, Rothko, Kline ou Motherwell ont été vendus pour plusieurs dizaines de millions de dollars... Au total 63 tableaux peints dans un garage du Queen par un peintre inconnu, vendus pour 80 millions de dollars ! Le peintre dont l'identité n'est pas révélé, n'a d'ailleurs pas été inculpé. Il avait été élève dans une école d'art de Manhattan  et vendait son travail personnel sur les trottoirs de New York dans les années 90, quand il fut contacté par un couple de galeristes, travaillant sur le second marché à Chelsea le quartier branché de NY. Il était payé  de 5400 dollars à 7000 pour une peinture. Mais ce n'était pas lui qui imitait le dos des tableaux, les châssis faits selon les méthodes propres de chaque artiste, les étiquettes des expositions passées et des galeries anciennes collées au dos des toiles (neuves)... ni lui qui les vieillissait prématurément  avec la pluie, le soleil ou le froid ...
Les toiles ainsi préparées  étaient ensuite revendues, entre autres, dans une prestigieuse galerie  new yorkaise et historique de l'Expressionnisme Abstrait qui prétend aujourd'hui avoir été dupé par des aigrefins. Le pot aux roses fut finalement découvert quand un investisseur belge basé à Londres voulu revendre son Pollock, qui n'apparaissait dans aucun catalogue raisonné (et pour cause), et dont deux pigments après expertise étaient postérieurs aux années 70 !!!!!

La question reste entière, comment le petit monde de l'Art, ses connaisseurs, ses amateurs et ses professionnels, ont-ils pu se laisser berner par cette histoire de collectionneur oublié dont les héritiers voulaient conserver la discrétion et dont les tableaux apparaissaient à la commande  pendant quinze ans ?

F for Fake d'après Motherwell  - "Elégie"- début du XXI e siècle !















Un businessman new-yorkais, après avoir acheté un De Kooning (faux qu'il croyait vrai), souhaitait s'offrir une "petite élégie à la République Espagnole" de Motherwell. La galerie lui dit que c'était trop difficile à trouver, impossible... 6 mois plus tard , "La Petite Elégie" était devant lui... il ne l'acheta pas... La galerie fermait le trafic découvert et la toile soi-disante "de Motherwell" était toujours référencée dans un inventaire d'invendus !!!!

Robert Motherwell ne disait-il pas déjà dans les années 50 que l'accrochage dans un musée n'était qu'une histoire de vaudeville..  placard, amant, maîtresse et mari jaloux !