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mardi 14 février 2012

Enquête sur les Salons, décès de Pierre Descargues et de Jean Pollak

L’enquête menée par Evelyn Guillin pendant les salons parisiens de 2010 pour le département des artistes et des professions que dirige Pascal Murgier auprès du Ministère de la Culture donne une photographie ponctuelle et circonstanciée de la situation des salons à Paris : Artistes Français, Salon d’Automne, Comparaisons, Dessin et Peinture à l’eau, Indépendants, Jeune Création, Mac 2000, Salon de Mai et Réalités Nouvelles. 
Son titre : « Enquête menée auprès des exposants des salons d'artistes aidés par le Ministère de la Culture et de la Communication (dgca / sap / daprof). »

Il y apparaît que chaque salon a bien sa spécificité dans ce que l’on peut appeler la filière des Arts Plastiques (comme il y a une filière-bois) qui conduit l’œuvre de l’atelier de l’artiste à la galerie puis au Musée,  vers le public amateur ou connaisseur du premier marché ou du second marché, de la friche à la mise en coupe réglée. Les salons sont une étape intermédiaire du premier marché à la différence des foires qui appartiennent essentiellement au second marché par la pratique de la revente entre galeries. 
Les salons permettent aux artistes professionnels ou amateurs de faire démonstration, de se confronter de « pair à pair ». Les objectifs des salons déterminant clairement leur appartenance esthétique : figuration, illustration, abstraction, décoration, etc… En effet le but d’un salon n’est pas uniquement de trouver une galerie, mais aussi l’édition, les médias etc… Chaque salon constitue donc un milieu singulier, un écosystème que l’étude de Evelyne Guillin contribue à cartographier dans les limites, ou explique-t-elle en préambule : « Les responsables des salons ont contribué avec plus ou moins de zèle à la réussite de cette enquête, certains développant une stratégie pour assurer un maximum de réponses au questionnaire, d'autres ayant une attitude plus passive. » (in Observations suite à l'exploitation des résultats de l'enquête.)

Ainsi le fait que seul 1/3 des artistes des Réalités Nouvelles aient pris le temps de répondre à l’enquête fausse (à la marge) certains résultats. La moyenne d’âge majoritaire des artistes des RN serait entre 50/70 ans suivant l’enquête, le décompte dans le catalogue 2011 donne 11 artistes nés après 1980, 32 après 1970, 74 après 1960, 95 après 1950, 76 après 1940, 64 après 1930 et 15 avant ! En fait la moyenne d’âge majoritaire des artistes des RN est de 40/60 et atteint son apex autour de 55 ans.
Dans tous les cas c’est un benchmark, comme on dit sur les radios économiques, un repère identitaire des RN en effet dés le premier salon de 1939, puis celui de 1947 la moyenne d’âge des artistes étaient majoritairement de 50/70 ans avec pour le salon de 1939, Mondrian 67 ans, Duchamp 52 ans, Kandinsky 73 ans, Albers 51 ans, Gleizes 58 ans, Sonia et Robert Delaunay 54 ans… etc … Hartung y exposa pour la première fois à 50 ans, Mathieu et Soulages à 35 ans, Joan Mitchell et Sam Francis à 41 et 43 ans …
En fait et on le constate dans les dossiers présentés chaque année à la candidature, l’abstraction est une démarche intellectuelle où de nombreux artistes d’abord figuratifs se découvrent par le chemin parcouru abstrait. On ne naît pas abstrait, on le devient !
L’autre point qui semble important c’est la formation des artistes. Elle est autodidacte pour 36 % à 46% des artistes exposants suivant les salons. 23 % des artistes ont suivi une école d’art. Réalités Nouvelles fait encore ici figure d’exception avec 14% d’universitaires, benchmark qui décrit donc bien un territoire bien distinct de celui de la Jeune Création qui ne sélectionne que des artistes de moins de 40 ans fraîchement sorti d’écoles d’art. Chiffres à rapporter aux 6% des étudiants des écoles d’art qui continuent à pratiquer au delà de leurs études ! Par ailleurs 50% des artistes exposants dans un salon ont une galerie (qu’elle soit associative, de 1er marché ou de 2nd marché) pour les représenter dans le style esthétique (de création, de décoration) qui leur est propre. L’action de l’Etat apparaît ainsi efficace et économe, portant sur les bassins et les viviers d’artistes du premier marché et ce quelque soit l'esthétique pratiquée !

Au total cette enquête remarquable dont les questions et les réponses sont à tempérer comme pour tous sondages, démontre que les salons sont bien des lieux de raffinage, des tamis qui offre un tri sélectif suivant des territoires esthétiques désignés. Le 1er tami est celui d’intégrer le salon, qui offre une expertise « relative » puisque les jurys se trompent aussi, puis 2nd tami par l’exposition elle-même qui apportent liens, relations, regards croisés, large public qui vont se développer sur l’année. Les salons apparaissent ainsi comme des organisations démocratiques et représentatives des esthésies du moment, des corps intermédiaires de l’écosystème du marché de l’art. On connaît même des artistes chinois qui passent directement des Réalités Nouvelles ou du Salon d’Automne à la FIAC !

Corollaire de cette enquête, Artprice a publié comme chaque année son bilan annuel pour 2011 concernant les résultats mondiaux des ventes « Fine Arts » (Beaux-Arts) en salle des ventes (le second marché). Le produit mondial de celles-ci est de 11,5 M$ (8,7 ME). Il atteint un nouveau record mondial malgré un taux d’invendus de 34,8% en baisse de 0,2% par rapport à l'année précédente. Soit 1/3 des lots ne trouvent pas preneur ! Et 70% des lots sont vendus pour moins de 5000 $ (3800E). Un millier d’œuvres ont dépassé le million de dollars (776000E) dont 774 œuvres pour la Chine. La Chine représente 43 % du marché mondial et détient le record d’ajudication pour le peintre Qi Baishi avec 57,2 M$ (43 M euros) devant les USA et la Grande-Bretagne. Avec 4,5% du marché de l’art, la France est en quatrième position après la Chine, les USA, la Grande-Bretagne. Paris est derrière Pékin, New York, Londres et Hong Kong talonné par Shangaï qui affiche une croissance de 21% par an ! Dans le même temps le nombre d’œuvres proposés à la vente par Artprice en ligne est de 18000 quelques jours après le lancement de ce service ! 

On le voit une transformation complète du paysage français du second marché puisque l’essentiel des ventes des lots les plus chers se fait en Chine et aux USA, alors que l’essentiel des ventes des lots en France fait moins de 3800 Euros ! La mise en place du service et le succès du courtage d’Artprice démontre une fois de plus la puissance d’Internet et le poids que prennent les bases de données, les catalogues en ligne qui ne font que renforcer le travail des salons.

Décès de  Pierre Descargues (1925-2012)

 Pierre Descargues à droite,
 lunettes sur le front et main sur la tête
 et Alin Avila à gauche.
Comme le signe de la fin d’une époque, l’ami des Réalités Nouvelles Pierre Descargues nous a quitté. Nous l’avions vu au salon raconter ses souvenirs du salon de 1946 dans un dialogue avec Michel Geminiani pour les 60 ans du salon en 2006. Pierre Descargues est l'auteur de nombreuses études générales, dont "l'Art Vivant" et de monographies sur les artistes dont Georges Braque, Pol Bury, Hans Hartung, Robert Jacobsen, Fragonard, Goya, Fernand Léger, Pablo Picasso,  Louis Nallard, Klein, Rembrandt, Niki de St Phalle, Rapaire, Tinguely,Van Gogh ou Vermeer,… Homme de radio il présentait sur France-Culture avec Alin Avila l’émission « des Arts et des Gens » de 1972-1997.  Là il était la voix des arts, communiquant ses enthousiasmes et, avec des mots, évoquant des tableaux au point de les rendre présents à ses auditeurs. Le sculpteur Emmanuel Fillot lui a consacré un chapitre dans son livre « Fuir vers le réel ». Il débuta sa carrière de journaliste en 1945 au journal "Arts" alors qu'il est encore étudiant. Il a travaillé aux «Lettres Françaises », puis dirigé les pages culturelles de « La Tribune de Lausanne », collaborant par la suite avec différents journaux dont Plaisir de France, Connaissance des Arts ou la Gazette des Beaux-arts.  Il tenait également une chronique dans la Nouvelle Revue Française. A vingt ans, il était Président du Salon des Jeunes Peintres. Puis il a fondé le Salon de la Jeune Sculpture, et dirigé la Collection « Artistes de ce temps » où il publia une étude sur Vieira da Silva et une sur Bernard Buffet. Dès 1947, il a photographié la plupart des artistes qu'il interviewait. Ses photos ont fait l'objet de plusieurs expositions à travers le monde.


Pour le dossier d’ Artension n°104 de 2010 : "À quoi servent les critiques d'art ?" ,   il déclarait qu’à vingt ans, il disait du mal des artistes qui l’énervaient. Mais qu’il avait réalisé que seules comptaient les critiques favorables. Sa seule vérité, c’était d’aimer. « Rester longtemps devant un tableau qui ne vous lâche pas, cela rend heureux. À partir de ce constat, j’ai travaillé aussi bien sur l’art ancien que sur l’art vivant. Mais exclusivement sur ce dont j’étais amoureux."




Décès de Jean Pollak (1924 -2012)


Jean Pollak
Le galiériste Jean Pollak a qui on doit la mise en valeur du groupe Cobra, la découverte d’Alechinsky, de Karel Appel ou d’Asger Jorn est décédé. En octobre 2011, il avait réalisé son extraordinaire collection chez Artcurial en 90 lots : Atlan, Bissière, Bitran, Charchoune , Corneille, Debré, Doucet, Dubuffet, Gillet, Hartung, Leroy,  Lindström, Marfaing, Nallard,  Pedersen, Poliakoff, Rebeyrolle. Szenès, ou Schneider entre autres… fruit de son travail à la galerie Ariel qu’il avait crée en 1952, 140 boulevard Haussmann.











(Source : Enquête menée auprès des exposants des salons d'artistes aidés par le Ministère de la Culture et de la Communication (dgca / sap / daprof). Observations suite à l'exploitation des résultats de l'enquête. Menée par Evelyne GUILLIN. Direction générale de la création artistique.  Service des Arts Plastiques.Département des artistes et des professions de Pascal Murgier. Doc PDF)
 (Source Artprice)