Follow by Email

mardi 19 avril 2011

Rétrospective des Peintures de Shafic Abboud à l’Institut du Monde Arabe

Shafic Abboud (1926-2003) est une des figures majeures de l’art contemporain libanais et arabe de la seconde moitié du XXe siècle et … figure des Réalités Nouvelles dont il fut l’une des chevilles ouvrières, d’abord comme exposant puis comme membre du comité organisateur.

Peintre, Shafic Abboud pratique une abstraction lyrique à la fois intimiste et expressionniste où se lisent quelques signes allusifs. Il semble partir d’une observation qu’il enfouit comme un hiéroglyphe énigmatique dans sa peinture chatoyante. Un travail attentif d'une part à la structure morcelée comme en mosaïque et d'autre part à la texture faite d’un geste court et répété qui soumet la forme à la couleur dans le sillage des peintres qu’il admire Pierre Bonnard, Roger Bissière et Nicolas de Staël. Peintre en recherche, il travaille par série mais sans canevas préétabli. Après la Première Biennale de Paris en 1959, il devient une figure de la seconde Ecole de Paris, son travail exposé dans de nombreuses expositions personnelles ou collectives (salons, biennales, Fiac)à Paris, en Europe aux USA comme au Liban.

Dans le catalogue 2004, son ami et ancien président des Réalités Nouvelles Jacques Busse lui rendait  un vibrant hommage intitulé Présence de Shafic dont j’extraie ce passage :

 « Que j’ai aimé intimement, cette peinture, cela ne regarde que moi. Mais je tiens à dire publiquement  que la peinture d’Abboud me paraît être au centre de ce qu’est et de ce que peut être le Salon des Réalités Nouvelles. Tout simplement parce qu’elle correspond exactement à ce qu’on a tenté de définir comme les marges de cette abstraction fondatrice du Salon. Être au centre parce qu’on occupe les marges, le paradoxe ne surprend pas de la part de notre malicieux Shafic.
Un centre n’existe que par son contour.  Sans pourtour il n’y a plus rien au centre, il n’y a plus de centre. D’ailleurs au point ou elle est arrivée, l’abstraction n’est plus composée que de ses marges. L’abstraction des origines est passée du centre aux marges. L’abstraction lyrique s’est, à son tour,  marginalisée après essoufflement. Au bout de son histoire, des pertes successives de ses origines et de ses avatars, l’art abstrait est enfin constitué de l’ensemble de ce qui furent ses marges. C’est là, le théorème que, par la proposition de la couleur, démontre la peinture d’Abboud.
A occulter la réalité, la peinture d’Abboud irrite à force d’être scrutée. Shaffic se poste devant ce qu’il peint pour qu’on y voit que ce qu’il en peint. Bien sûr, il y a de la magie ; il est l’Orient des magiciens, Shaffic. D’ailleurs chacune de ses peintures est un somptueux tapis sur il nous emmêne, selon le vent qu’il veut, selon son vœu, à chaque fois vers d’autres ailleurs. C’est incroyable avec lui ce que Montsouris ou le Val de Loire ressemblent à ce qu’on croit du Liban. »
   
Un catalogue accompagne cette généreuse rétrospective confiée au commissariat de Claude Lemand, qui est l’occasion de voir prés de 190 toiles dans les deux étages des salles de l’IMA.

Mais comme un bon dessin vaut toujours mieux qu’un long discours, vous pouvez voir ici quelques œuvres  dans la Galerie Photo de l'IMA 


Rétrospective des Peintures de Shaffic Abboud à l’Institut du Monde Arabe
Peintures 1948 – 2003
Du 22 mars 2011 au 19 juin 2011
Salles d’expositions temporaires -1/-2

Tarifs : 7 € plein / 5 € réduit
Horaires : de 11 h à 18 h du mardi au dimanche fermé le lundi
1, rue des Fossés Saint-Bernard
Place Mohammed V
75236 PARIS CEDEX 05
Tél. 01 40 51 38 38
Fax. 01 43 54 76 45

vendredi 15 avril 2011

Les réponses et la question que nous pose Mondrian.

UN COUP D’ŒIL DANS LES ARCHIVES :


En 1939, pour la première exposition Réalités Nouvelles, Frédo Sides l’organisateur faisait parvenir un questionnaire de 7 questions aux exposants fondateur du Salon : Mondrian, Duchamp, Delaunay, etc…

Le questionnaire Intitulé Renaissance Plastique se déroulait ainsi :

Pour nous permettre d’établir des notices parfaitement documentées, dans notre catalogue, nous vous serions reconnaissants de prendre la peine de répondre au questionnaire ci-dessous et nous le retourner au plus vite s’il vous plait.

Nom Prénoms
Date et lieu de naissance
Nationalité

2°) Modalités des études artistiques et influences prépondérantes

3°) Dans quelle exposition avez-vous pour la première fois exposé  un tableau n’ayant aucun rapport avec la vision directe de la nature (Donner si possible la page du catalogue et le libellé des œuvres exposées)

4°) Détails biographiques aussi complets que possible en n’oubliant pas de mentionner avec la date, vos expositions particulières ainsi que les musées et collections privées qui contiennent de vos œuvres

5°) Quelles sont les études parues dans les journaux et revues ou dans les livres qui mentionnèrent vos efforts, titres, dates et quelques extraits caractéristiques, si possible, du début jusqu’à aujourd’hui

6°) Quelles œuvres avez-vous exécutées en dehors du mouvement inobjectif (importance et dates)

7°) Dans quel sens, selon vous, doit  évoluer la peinture contemporaine ?

La réponse de Mondrian (1872-1944), dont on vient de voir une rétrospective à Beaubourg est très instructive :

Nom Prénoms    Mondrian (Piet)
Date et lieu de naissance     1872 Amersfoort (Hollande)
Nationalité    Hollandaise

2°) Modalités des études artistiques et influences prépondérantes

Etudié à l’académie d’Amsterdam, d’abord continué la peinture naturaliste ensuite lentement quitté celle-ci recherchant dans la  voie du Fauvisme, Luminisme, Divisionisme, Cubisme/ Influences de cette tendance


3°) Dans quelle exposition avez-vous pour la première fois exposé  un tableau n’ayant aucun rapport avec la vision directe de la nature (Donner si possible la page du catalogue et le libellé des œuvres exposées)

Avant la guerre –habitant Paris – aux salon des Indépendants et pendant la guerre quelques expositions aux Musée Municipale d’Amsterdam

4°) Détails biographiques aussi complets que possible en n’oubliant pas de mentionner avec la date, vos expositions particulières ainsi que les musées et collections privées qui contiennent de vos œuvres

Jusqu’à 1910 travaillé en Hollande, alors venu à Paris, de 1914-1920 de retour en Hollande, de 1920 -1939 travaillé à Paris, maintenant habitant Londres –œuvre dans les musées à New York, Chicago, Amsterdam, La Hay, Rotterdam et –avant Hitler- à Dresden et Hannover, ainsi que dans des collections privées diverses

5°) Quelles sont les études parues dans les journaux et revues ou dans les livres qui mentionnèrent vos efforts, titres, dates et quelques extraits caractéristiques, si possible, du début jusqu’à aujourd’hui

Ne les ayant pas gardées, impossible des les mentionner.
Conception personnelle, on trouvera dans la revue « La Neo-Plasticienne » éditions Léonce Rosenberg et dans la Nueue Gestaltet (éditions Bauhausbücher) ainsi que dans plusieurs articles (de Stijl, les Cahiers d’Art, Bulletin de l’Effort Moderne, La vie des Lettres et des Arts,  Meagt, « Manométre », « Cercle et Carré », etc…


6°) Quelles œuvres avez-vous exécutées en dehors du mouvement inobjectif (importance et dates)

Fais de la peinture objective (naturaliste) jusqu’à ce que celle-ci se transforme en peinture inobjective (abstraite)

7°) Dans quel sens, selon vous, doit  évoluer la peinture contemporaine ?

Dans le sens de la pure forme plastique, jusqu’à ce qu’elle – ne devienne qu’expression plastique des rapports et des couleurs sans plus – soit capable de réaliser ces rapports et ces couleurs en tant qu’architecture (villes, bâtiments, etc …) elle-même.


Si les réponses 1 à 5 sont purement factuelles et d’ordre biographique, les réponses 6 et 7 nous interrogent aujourd’hui par les catégories esthétiques et philosophiques qu’elles utilisent.
L’Abstraction succède au naturalisme dans une forme d’évolution naturelle (presque darwinienne) de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. En même temps Mondrian catégorise une contradiction soutenant le naturalisme par l’objectif et l’abstrait par l’inobjectif.

La réponse 7 développe cette dualité entre une peinture - recherche de pure forme, (de l’art pour l’art ?) qu’il voit appliquer à l’architecture, que l’on pourrait qualifier de contradiction absolue, entre un art dégagé des contraintes sociales et un art appliqué socialement à l’architecture.

Si l’articulation Architecture/Design/Peinture était bien présente dans l’exposition Mondrian de Beaubourg, l’articulation Naturalisme-Abstrait en était quasiment absente. Absente également des critiques et différents articles qui présentent Mondrian et son œuvre et utilisent la dualité commode figuration/abstraction. Cette dernière dualité est-elle pertinente ? 
D’un côté elle renvoie à la lecture du signe iconique comme caractéristique d’un objet, mais de l’autre elle ne rend pas compte de la puissance de l’abstraction comme signe ouvert sur le monde.

Le questionnaire rempli par Piet Mondrian...
E.L
 
Si vous souhaitez réagir, envoyez-nous vos articles et réflexions sur l'abstraction et ses différentes pratiques à l'adresse: administrateur@realitesnouvelles.org.
Ils seront validés par l'administration de ce blog, à l'exclusion des propos injurieux, racistes, diffamatoires ou hors sujet. 

lundi 11 avril 2011

Artistes la parole est à vous


Ca y est, le voilà enfin... Il est ouvert ce blog qui entend prolonger la vie des RN au-delà des dix jours d'exposition, toute l'année en faisant circuler, informations et articles sur la vie de l'association et de ses artistes, des réflexions sur l'abstraction et sa réception.
Ce blog est là au service de tous, construit pour chacun d'entre nous.
Vous pourrez y annoncer vos expositions, celles de votre actualité, de l’actualité de l’abstraction. Ecrivez-nous, Envoyez vos contributions à l'adresse : administrateur@realitesnouvelles.org.

Comme vous le remarquez, les commentaires sont désactivés pour l'excellente raison qu'il nous semble inutile de publier des réactions rapides, quelques fois passionnelles qui si elles font le charme de wikipedia, on le sait se termine le pus souvent en eau de boudin irrationnelle, in cauda venenum et autre reductio ad Hitlerum ... C’est fou ce que le latin de cuisine fait comme retour avec Internet.
Au contraire prenez votre temps, si vous souhaitez réagir, faire savoir, répondre à un billet, donner des informations sur des expositions, livres qui vous ont interpellés, faites le nous savoir.
Elles seront lues et publiées. Vos billets ne doivent pas excéder 1500 signes, pour permettre une lecture aisée sur écran au delà laquelle les articles seront indexées. Mais les articles de fond sont les bienvenus.

Nous espérons tenir une mise à jour hebdomadaire.

Avec l’actualité, les archives seront présentées, mise à votre disposition dans l'espoir qu'elles fassent naître des réappropriations artistiques dans le respect du droit d’auteur nous permettant une autre lecture de l’histoire des Réalités Nouvelles, de l'abstraction hors du cursus académique. Formes qui nous le croyons s’adapteront parfaitement au numérique et à l’écran.

Il est important que les artistes prennent eux-même la parole et l’écrit.
Envoyez-nous vos articles et réflexions sur l’abstraction et ses différentes pratiques. Ils seront validés par l'administration de ce blog, à l'exclusion des propos injurieux, racistes, diffamatoires ou hors sujet.
Erik Levesque