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mardi 13 décembre 2011

Tu parles, Charles ou Saatchi dans la lagune... L'Atelier Etienne Martin et L'Atelier Grognard...

Le yacht d'un oligarque à Venise qui énerve
Charles Saatchi ...par son mauvais goût 

in The Guardian du 2 décembre 2011
Mettre un requin dans du formol, c’est l’œuvre de Damien Hirst, mettre Damien Hirst dans un musée c’est l’œuvre de Charles Saatchi, le célèbre collectionneur, publicitaire anglais de la Dame de Fer, faiseur de rois, de Premiers ministres et autres artistes ! Il a découvert tous les jeunes talents des Young British Artists de 1990 à aujourd’hui faisant la pluie et le beau temps dans l’art contemporain et son marché… Aussi quand dans une longue tribune au Guardian il déclare tout de go : « Etre un acheteur d’art est manifestement aujourd’hui et sans conteste vulgaire… C’est le sport eurotrash pour spéculateurs de Hedge Fund, rois du pétrole, oligarques à la mode, marchands nantis narcissiques et branleurs » ! On se demande quelle mouche a bien pu piqué notre amateur d’art ! « Ils étaient tous réunis sur leurs superyachts à Venise pour une Biennale spectaculaire… Est-ce que ces gens aiment vraiment l’art ? » se demande ce "Louis de Funès" anglais dans son pamphlet pour répondre « Non » puisque plus personne ne peut distinguer le bon du mauvais. Que plus personne ne regarde quoique ce soit. Que tout le monde se fout de tout. Déjà dans l’Oeil de septembre 2011, Daniel Buren avait eu le même genre de réaction constatant la faillite de l’art contemporain, mot valise. Boltanski avait aussi en son temps ronchonné…

Bref tous ceux qui constatent qu’ils sont pris dans un flot d’images ininterrompues et mondialisées ronchonnent… D’ailleurs pourquoi parler d’un flux, ce sont des flux juxtaposés que plus rien ne peut arrêter et quand en plus quand on est collectionneur, on trouve toujours plus riche que soi… Rien ne va plus faites vos Jeux ! En d’autre temps, on aurait dit la roue tourne I On ne saurait plus être ni le premier collectionneur, ni le dernier… On cherche alors à se séparer de sa collection, a la donner à l’Etat (anglais) et prendre sa retraite… Reste donc à se faire l’avocat des milliers d’artistes peu connus mais pas moins talentueux inscrits sur la base Saatchi – un vrai banc de sardines - et leur expliquer que le patron n’en peut mais … que les marchés sont comme la vie à terme et que le requin est sorti du bocal et bouffe tout sur son passage !

Etienne Martin en sa Demeure
Nous dirons donc à Charles, qu’il ne faut jamais déprimer. D’abord parce qu’il y a la grande rétrospective, celle de l’œuvre sculpté d’Etienne Martin (1913-1995) intituée "L'Atelier d'Etienne Martin" au musée des Beaux Arts de Lyon du 22 Octobre au 23 Janvier 2012,  ses demeures et autres sculptures furent souvent présentés dans le salon des Réalités Nouvelles. Dans cet extrait d’une émission d’Antenne 2 d’octobre 1988, mise en ligne par l’INA, Michel Guy, ancien ministre de la culture et alors Président du festival d’Automne, présente le travail d’Etienne Martin, puis ce dernier explicite sa démarche. Ils répondent aux questions de Fréderic Mitterand futur Ministre de la Culture en présence du jeune Bernard Marie Koltes et de Jeanne Moreau !
La Demeure sur les quais de la Seine à Paris

Et voici donc en critique amusée une présentation surprenante et inattendue de la première période de son travail puisque ses sculptures sont celles que découvrent Jules et Jim  filmés par François Truffaut dans le fameux film éponyme dans un musée en plein air sur l’Adriatique !






En quelque sorte le tourbillon de la vie, n’est-ce pas Charles, chanson écrite par  Cyrus Bassiak le pseudonyme de Serge Rezvani (RN 1954, 1958) pour le film Jules et Jim que l’on voit ici à la guitare sur cet extrait 

Comme quoi les Réalités Nouvelles mènent à tout à condition d’en sortir !

D’ailleurs la ville Rueil-Malmaison présente à l'Atelier Grognard (à coté du château de la Malmaison) une exposition intitulée « Abstractions Années 50 » du 09 décembre 2011 au 19 mars 2012. Conçue comme un panorama rétrospectif de la peinture abstraite des années 50 et 60 appréhendée dans la diversité des tendances, des groupes de cette période foisonnante ou s’opposaient la figuration et l’abstraction. Sous l’égide du commissaire d’exposition François Callu-Mérit, les tableaux sélectionnés sont regroupés par affinité élective autour de grandes thématiques en différents chapitres, «matiérisme », « géométrique », etc..  par celui qui fut l’un de leur plus ardent défenseur au sein de sa galerie rue des Beaux-Arts aujourd’hui à Issy-les-Moulineaux. 

Vue de l'exposition "Abstractions Années 50"

Ce dialogue visuel entre les peintures doit permettre à un public non-averti une rencontre avec la démarche de ses peintres. On y voit les œuvres d’une centaine de peintres dont : Atlan, Bissière, Bryen, Chaissac, Viera Da Silva, Dewasne, Estève, Fautrier, Hartung, Lanskoy, Manessier, Mathieu, Nicolas de Staël, Poliakoff, Soulages, Tal Coat, Schneider, Vasalery, ou encore Martin Barré, Doucet, Hayter, Eugène Leroy, Hosiasson, Leduc, Marfaing, Messagier, Bertholle, Mortensen, Nallard, Maria Menton, Rezvani, Zack, etc... Conçue et réalisée presque exclusivement grâce aux prêts de collectionneurs privés passionnés de peinture, accompagné de quelques prêts de musée dont un magnifique Soulages au brou de noix et encre d’imprimerie « 10 Août 1956 » provenant des collections du Musée d’Art Moderne du Centre Pompidou. Exposition très documentée par des archives d’époque, cartons d’invitation, rares catalogues et photographies sont présentées dans de nombreuses vitrines. 

Au coin de l’une d’elles les catalogues du Salon des Réalités Nouvelles de 1947 et des années 50 … et l’on retourne son regard vers les murs et comme tous les peintres présentés (sauf trois sans doute) ont participé aux Réalités Nouvelles de ces années-là… 


Catalogues des Réalités Nouvelles des Années 50
Catalogues Maria Menton - Louis Nallard

On refait le tour de l’exposition en se disant que cela devait être quelque chose comme cela de visiter le Salon des Réalités Nouvelles en …  disons : 1959. Visite donc dans le passé recomposé d’un salon qui a su évoluer, se transformer, évoluer comme l’abstraction. On rentre chez soi, alors pour vérifier l’intuition, on se connecte sur le site des RN et on fait la visite virtuelle du salon en 2006. 
Devant un Louis Nallard de 1962

En commençant par Soulages, Hoyland, Irvin, etc.. etc… toutes les couleurs ont changés, plus vives, plus saturées et les formes se sont comme étirées, agrandies, des vortex picturaux créent des tourbillons instables et dynamiques … 

Les Réalités Nouvelles sont sortis d’eux-même,  de leurs gonds et se sont complétement renouvellées dans un extraordinaire mouvement brownien même si certains comme Soulages (la premiere toile à droite) ou Louis Nallard sont toujours là (la seconde toile à gauche la rouge)…  y exposent tout deux depuis 1948 ! 

Dans le tourbillon de la vie, on pourra dire tout ce qu’on voudra, le travail a été fait loin des médias et dans la patience, il y a bien une communauté qui regarde et  qui s’appelle bien les Réalités Nouvelles et si tu veux mon avis Charles, les RN éclatent de rire !

L’exposition Abstractions 50  se teint à l'Atelier Grognard du 09 décembre 2011 au 19 mars 2012 Atelier Grognard  6, avenue du Château de Malmaison, 92500 Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) est accompagné de concerts de Jazz.

A noter également l’exposition «  Dessins et multiples » avec des oeuvres de Hartung, Denise Lioté, Guy de Lussigny, Antoine de Margerie, Vasarely, Zack entre autres à la Galerie Gimpel-Müller, 12 rue Guénéguad -75006 Paris.

En attendant Charles, pour te détendre regarde la bande-annonce du Tatoué (1968) où le marchand d’art Louis de Funès (Léger accroché au mur, sculptures de Albert Féraud (RN 1966, etc…) négocie l’achat et la vente d’un tatouage de Modigliani, en fait sur le dos de Jean Gabin et où on apprend à vendre un stock de tableaux abstraits !

(in L'Œil, n° 638, Daniel Buren : « Le système dérape », pp. 125-129, Paris, 2011.)