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lundi 7 novembre 2011

In Memoriam John Hoyland versus Gerhard Richter




John Hoyland a Paris en 2006

La cérémonie de la Royal Academy de Londres à la mémoire de John Hoyland RA, décédé le 31 juillet 2011 et incinéré dans l’intimité familiale, a eu lieu le 27 Octobre dernier. Étaient présents avec sa famille et ses amis entre autres Alan Davie, Albert Irvin, David Hockney, Howard Hodgkin… et tout le ban de la peinture abstraite britannique.
Pendant l’office anglican à St James Church, les témoignages d’Anthony Caro, d’Allen Jones, de critiques et de conservateurs de musée racontaient chacun à sa manière un élément de la vie et de la carrière de John Hoyland (RN2006/2007): sa volonté de peindre, ses emportements sarcastiques, sa mauvaise foi réjouissante, son humour, son franc-parler et sa « seule et unique passion » la peinture. Venant de la part d’Anglais, cela fut très savoureux, puisqu'ils en venaient à définir John Hoyland comme l’inventeur d’un discours de la méthode dont l’affirmation essentielle est : « Je peins donc je suis » !
Peintre pour peintres, John Hoyland affirmait ainsi que la peinture est penser mais aussi construction de soi. Il faudra écrire ce que la peinture anglaise depuis 40 ans nous a apporté de réflexions sur l’écriture, sur la forme, l’attention au système de la couleur, par exemple Hoyland s’attribuait un type de jaune d’une certaine qualité … et la manière dont ils ont littéralement tordus, détournés, pliés, cintrés l’expressionnisme abstrait américain pour en faire autre chose.  Hoyland est bien de ces glorieux pirates de sa Majesté basés aux Caraïbes et à la à la barbe rousse !

En 2006, Hoyland était venu à Paris visiter le salon de RN. Voici quelques photos d’une balade dans Paris et d’une visite au salon des Réalités Nouvelles… Il avait savouré la qualité du salon, de l’accrochage… Il voulait rapporter le salon à Londres… la maladie l’en a empêché.
John Hoyland au RN
Devant Soulages

 avec Louis Nallard

devant Albert Irvin









Devant sa propre peinture...
devant une toile de Erik Levesque















Au même moment se déroule la rétrospective de Gerhard Richter à Londres à la Tate Modern  jusqu’au 8 janvier 2011. Elle viendra ensuite en juin 2012 à Paris au Centre Pompidou. L’exposition fonctionne comme un exposé d’Arts Plastiques pour Master 1 dont la problématique serait « PEINTURE ET PHOTOGRAPHIE ENTRE FLOU ET NET LA PROFONDEUR DUCHAMP … » (jeu de mot, 1 euro dans le cochonnet !).  Aussi la connaissance de l’exposition est-elle impérative pour tout étudiant ou candidat à une école d’art ! 
Gerhard Richter est un peintre d’histoire allemand, universellement reconnu, dont l’oeuvre navigue entre figuration d’après des documents photographiques et abstraction tachiste, pratiques menées en parallèle comme un peintre européen qui peint figuratif le matin et abstrait le soir …

Né à Dresde en 1932 ayant survécu aux bombardements, un oncle dans la Wehrmacht, une tante handicapée euthanasiée parce que « untermenschen », membre du PC en Allemagne de l’Est en 1950, passé à l’Ouest en 1961, attentif à la Fraction Armée Rouge (RAF) des années 1970, à la réunification de 1989, à la Guerre de Golfe de1991 et en partance pour New York le 11 septembre 2011 ! Background d’une relation intime à l’Histoire, que Richter décrit dans des tableaux d’après photos à partir d’une image rétroprojetée : bombardiers anglais… et américains … portraits de famille… bande à Baader… 11 sept 2011… tous peints en gris et blanc (blanc de Titane + Noir d’Ivoire) ; travail suivant les époques plus ou moins fini et adroit, sans écriture personnelle ce qui fait que l’on finit par penser que chaque salle est le fruit du travail d’un peintre différent… Le flou ou le mouvement est obtenu en passant une brosse sèche horizontalement pour flouter les contours et laisser un point net de focale courte. Jouant de la profondeur de champ entre photographie et peinture, Richter affirme la pertinence de la Grande Peinture comme reflet de la Réalité Sociale et l’oppose à la doxa duchampienne de l’impossibilité de peindre !

Ema nue descendant l'escalier
Sont associées aux peintures, des installations didactiques faites de fenêtres, de glaces, de vitres de double ou triple épaisseur qui montrent le flou, le net, le gris, la dégradation de valeur qui précisent les enjeux théoriques pour ceux qui ne les auraient pas compris en mettant les points sur les I. Nous rappellerons à ceux qui n’ont toujours pas fait art plastique que la peinture est fenêtre, définition certes limitée mais universitaire. Les salles sont titrées en chapitre : "Photopeinture des années 60", "D'après Duchamp", "Paysages endommagés", "peintures grises et chartes de couleurs", "La figuration rencontre l'abstraction", "en explorant l'abstraction", "peinture de genre et abstraction raclée", "paysages et portraits", "18 octobre 1977", "Abstraction des années 1990", "interroger la peinture", "les limites de la vision", "2001 et aprés", "John Cage"... Et on voit alors Ema, la première femme du peintre nue descendant l’escalier… en 1968 en couleurs Agfa… vert, brun, rouge … couleurs inventées en 1936 par Agfa en collaboration avec Bayer et I.G Farben… En norme DIN (Deutsche Industry Normen)… ( la pellicule était fabriquée dans le camp de Dachau, jusqu’en 1945… ) 

La couleur est présentée sur de grandes chartes en cases successives de peintures faites à l’émail, alternant ton local 1 à 1 sans avoir recours à la martingale d’Ellsworth Kelly (RN 1953) dont il diverge radicalement. La martingale de probabilités d’Ellsworth Kelly pour la couleur s’écrit  Prob(v < Y < u) = Prob(-∞ < Y < u) - Prob(-∞ < Y < v) et consiste de manière moins mathématique et plus pratique à associer à deux dés 11 couleurs. Lancer les dés et peindre la couleur associée au numéro sur le tableau : 2 = bleu, 3 = orange, 4 = rouge, 5 vert, … etc … Richter lui ne change rien, n’altère rien ... il rend vague, confus, voilé… Oui, la charte des couleurs chez Richter est allemande (comme un épisode de Derrick pour ceux qui n’ont toujours pas fait Art ... ). Elle ouvre ainsi la porte à de grands tableaux abstraits ou les couleurs primaires :  rouge de quinacridone, vert, bleu et jaune de phtalocyanine sont étalées sur la toile, puis raclées par une grande spatule verticale, le plus souvent avec du blanc de Titane, reprenant le geste horizontal du floutage, écrasant la couleur et sa texture en des ensembles de Julia : le flou en gros plan, en détail. Il peut même photographier un détail d’une toile abstraite et la refaire en grand, ce qui semble le plus intéressant par un redoublement à la fois théorique et pratique de son art. Jeux d’empreintes constructales dont il associe le procédé à celui de la violence de la guerre (Irak 1991)…  















Mais la peinture abstraite chez Richter a un rôle tout aussi narratif que sa peinture figurative…  elle veut dire bombardement… Elle signifie explosion… elle énonce la destruction… , elle explicite, elle caractérise, elle formule mais elle semble le faire avec la même pertinence et légèreté (pour ceux qui n’ont toujours pas fait art plastique), que le chef d’état Bordure Pleksy-Gladz qui entreprend de détruire New York grâce à un système d’ultrason mis au point par les nazis dans les aventures de Tintin et l’Affaire Tournesol !

Les toiles abstraites de Gerhard Richter ouvrent le chemin vers la génération suivante celle des Albert Oehlen, Daniel Richter…  Celle de l’amnésie ? de l’effacement ?


John Hoyland...
Toujours avec son humour John Hoyland disait que le fantôme d’Hitler hante les toits de la Tate Modern à Londres. D’ailleurs il détestait Beuys qu’il considérait comme un pilote de chasse de la Luftwaffe camouflé en artiste pour tenter une réhabilitation qu’il ne lui accordait pas… 
Depuis le 27 octobre la chasse aux fantômes est ouverte… Ghostbuster !
... en visite au musée Delacroix à Paris !